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À Palawan, l’appétit du nickel se heurte à une résistance qui dépasse la seule question minière : celle de peuples autochtones déterminés à défendre leurs forêts, leurs terres ancestrales et leur droit à décider de leur avenir.
À Palawan, le paradoxe est saisissant. D’un côté, une île reconnue comme réserve de biosphère par l’UNESCO, symbole d’un patrimoine naturel exceptionnel ; de l’autre, une industrie du nickel qui avance au cœur des territoires ancestraux. Dans les hautes terres de Brooke’s Point, les forêts ne sont pas un décor : elles nourrissent, abritent, irriguent. Rizières, champs de manioc, sources d’eau douce et biodiversité constituent le socle d’une économie et d’une culture que les bulldozers risquent de réduire au silence. Le 26 mars, l’irruption de deux pelleteuses de Calmia Nickel Inc. dans ce territoire a ainsi pris la dimension d’un avertissement : lorsque la machine minière entre sur une terre autochtone, c’est tout un modèle de vie qui se retrouve menacé.
Le plus préoccupant est peut-être ailleurs : dans le fossé entre les principes proclamés et la réalité vécue. Les peuples autochtones devraient pouvoir compter sur les institutions chargées de garantir leurs droits. Pourtant, le 29 juin, l’avant-poste érigé par les communautés pour défendre leur autodétermination a été démantelé lors d’une opération menée par plusieurs agences gouvernementales, avec l’appui de la Commission nationale pour les peuples autochtones. Quel message adresse-t-on alors aux communautés lorsqu’une structure de résistance pacifique disparaît, tandis que les projets extractifs continuent de susciter des inquiétudes ? Celui d’une protection à géométrie variable, où les intérêts économiques semblent parfois peser davantage que les droits territoriaux.
Mais Palawan n’est pas seulement l’histoire d’une confrontation entre une entreprise et des communautés. C’est une question universelle : jusqu’où sommes-nous prêts à aller pour extraire les minerais nécessaires à la transition énergétique, et qui doit en payer le prix ? Le nickel est devenu stratégique pour de nombreuses technologies modernes, mais aucun impératif industriel ne devrait transformer les peuples autochtones en variables d’ajustement de la croissance verte. Une transition qui détruit les forêts, assèche les sources et marginalise ceux qui vivent depuis des générations sur ces terres ne saurait être qualifiée de juste. La véritable modernité ne consiste pas à choisir entre développement et environnement, mais à refuser qu’un développement sans consentement sacrifie les droits humains.
La résistance des
Pala’wan et de la société civile mérite donc mieux que l’indifférence. Elle interpelle les autorités philippines, les entreprises minières, mais aussi les consommateurs et les défenseurs de l’environnement partout dans le monde. Derrière chaque tonne de nickel se cachent parfois des territoires, des rivières, des forêts et des communautés dont la voix peine à franchir les frontières. Soutenir leur mobilisation, c’est rappeler une évidence trop souvent oubliée : aucune richesse du sous-sol ne vaut la dépossession d’un peuple. À Palawan, la bataille pour le nickel est aussi une bataille pour savoir qui décide de l’avenir d’une terre — ceux qui y vivent, ou ceux qui viennent l’exploiter.
Emmanuel Ndimwiza
Éditeur- Voix du Paysan.
Palawan : quand le nickel menace les terres des peuples autochtones