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Peuples autochtones : ceux qui protègent la forêt pendant que le monde la détruit

Voix du Paysan pour former et informer les citoyens : un engagement pour la justice sociale et climatique.

Ils vivent au plus près des écosystèmes qu’ils contribuent à préserver, mais restent trop souvent éloignés des décisions, des financements et des politiques climatiques. Leur exclusion n’est plus seulement une injustice : elle est une erreur stratégique face à l’urgence écologique.

La crise climatique a cette ironie brutale : ceux qui ont le moins contribué à la dégradation de la planète sont souvent ceux qui en paient le prix le plus lourd. Dans les forêts du bassin du Congo comme dans de nombreux territoires autochtones à travers le monde, les communautés entretiennent avec la nature une relation qui ne se résume ni à une statistique carbone ni à une valeur marchande. La forêt est à la fois un garde-manger, une pharmacie, un patrimoine culturel, un espace spirituel et un système de régulation climatique. Les peuples autochtones en sont les gardiens au quotidien, alors que les politiques publiques continuent trop souvent de les considérer comme de simples bénéficiaires de projets conçus ailleurs. C’est là que se trouve l’un des grands paradoxes de notre époque : ceux qui connaissent le mieux les écosystèmes sont encore trop rarement ceux qui participent à leur gouvernance.

La science, pourtant, converge avec cette expérience séculaire. La conservation de la biodiversité ne repose pas uniquement sur les aires protégées tracées sur des cartes ou sur les technologies sophistiquées de surveillance des forêts. Elle dépend aussi de la connaissance fine des saisons, des espèces, des sols, des cours d’eau, des plantes médicinales et des équilibres écologiques accumulée par les communautés au fil des générations. Les savoirs autochtones constituent ainsi un patrimoine scientifique et culturel irremplaçable, particulièrement précieux dans un contexte où le changement climatique bouleverse les cycles agricoles, accentue les sécheresses, les pluies extrêmes et la dégradation des habitats. Reconnaître ces savoirs ne signifie pas opposer tradition et science moderne ; cela signifie comprendre que la science du XXIᵉ siècle gagnerait à dialoguer davantage avec ceux qui observent les écosystèmes depuis des siècles.

Mais le militantisme climatique ne peut plus se contenter de slogans sur la protection des forêts : il doit poser frontalement la question du pouvoir. Qui décide de l’avenir d’une forêt ? Qui bénéficie des financements climatiques ? Qui est consulté avant l’installation d’une exploitation minière, pétrolière, forestière ou d’une infrastructure ? Et surtout, qui supporte les conséquences lorsque les promesses de développement se transforment en déforestation, pollution ou déplacement des communautés ? La justice climatique commence précisément là où s’arrête la confiscation de la parole. Donner aux peuples autochtones une place réelle dans les mécanismes de décision, garantir leurs droits fonciers, financer directement leurs initiatives et protéger leurs défenseurs environnementaux ne relève donc pas de la charité. C’est une condition de crédibilité des politiques climatiques et de conservation.

À l’occasion de la Journée internationale des peuples autochtones, le monde gagnerait ainsi à écouter davantage ceux qu’il prétend vouloir protéger. Dans la bataille contre le dérèglement climatique, il ne suffit plus de planter des arbres après avoir détruit des forêts, ni de compter les tonnes de carbone sans compter les vies qui dépendent des territoires. La forêt ne demande pas seulement à être protégée : elle demande que ceux qui la protègent soient eux-mêmes protégés. L’avenir de la biodiversité mondiale se jouera dans les laboratoires et les conférences internationales, certes, mais aussi dans les villages, les forêts et les territoires où des femmes et des hommes continuent, souvent dans l’ombre, à défendre la vie. Leur combat n’est pas périphérique à la crise climatique : il en constitue l’une des lignes de front les plus décisives.

Emmanuel Ndimwiza
Éditeur- Voix du Paysan

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