×
Logo en chargement
CHARGEMENT...

Lubumbashi, le hall de la honte : quand les alertes de Jean-Claude Katende interpellent l’État

Voix du Paysan pour former et informer les citoyens : un engagement pour la justice sociale et climatique.

Quand un aéroport devient le théâtre du désordre, c’est toute la crédibilité d’un État qui atterrit dans la confusion. Les récentes alertes lancées par Jean-Claude Katende sur le fonctionnement de l’aéroport international de Lubumbashi remettent au centre du débat une question essentielle : celle de la gouvernance des services publics. À l’heure où l’Afrique modernise ses infrastructures aériennes, la République démocratique du Congo ne peut plus se permettre que la première image offerte aux voyageurs soit celle d’un système où règnent l’improvisation, les passe-droits et les soupçons de corruption.

Dans ses dénonciations, Jean-Claude Katende évoque une situation préoccupante dans la zone de retrait des bagages, où des commissionnaires accéderaient de manière privilégiée pour récupérer les effets de certains passagers contre rémunération, tandis que d’autres attendraient de longues dizaines de minutes avant de retrouver leurs valises. Si ces témoignages se confirment, ils révéleraient moins un simple dysfonctionnement qu’une privatisation silencieuse d’un service public, où l’ordre céderait progressivement la place à la loi de l’argent. Un aéroport n’est pas seulement une piste où décollent des avions ; il est la première frontière d’un pays, le miroir de son administration et la vitrine de son ambition.

Le plus inquiétant n’est pas seulement le désordre dénoncé, mais le risque qu’il devienne une norme. Les alertes de Jean-Claude Katende, selon lesquelles certains intermédiaires verseraient des sommes à des agents pour accéder à une zone normalement réservée, méritent une enquête indépendante, impartiale et rigoureuse. Si ces allégations étaient établies, elles traduiraient une crise profonde de gouvernance. Pendant que Kigali, Addis-Abeba, Casablanca, Johannesburg ou Abidjan s’imposent comme des références africaines grâce à leur organisation, leur discipline et à la qualité de leurs services, la RDC ne peut accepter que l’un de ses principaux aéroports reste associé à des scènes qui découragent les voyageurs et ternissent durablement l’image du pays.

L’heure n’est plus aux justifications, mais aux décisions. Le gouvernement, le ministère des Transports et la Régie des voies aériennes doivent restaurer l’autorité de l’État dans les aéroports congolais. L’accès aux zones sensibles doit être strictement contrôlé, les réseaux de favoritisme démantelés, les responsabilités établies et les sanctions appliquées lorsque des fautes sont démontrées. Chaque passager, qu’il soit Congolais ou étranger, doit être traité avec la même dignité, sans avoir à payer un intermédiaire pour récupérer ce qui lui appartient déjà. Moderniser un aéroport ne consiste pas uniquement à construire des terminaux ; c’est instaurer une culture de transparence, de discipline et de respect du citoyen. C’est à ce prix que les aéroports congolais redeviendront des portes d’entrée vers un État crédible plutôt que des salles d’attente de la désillusion.

Emmanuel Ndimwiza
Éditeur – Voix du Paysan

Partager

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

×