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La religion de la performance ou le naufrage du vivant

Voix du Paysan pour former et informer les citoyens : un engagement pour la justice sociale et climatique.

Les crises écologiques qui secouent notre siècle ne sont pas de simples accidents de parcours : elles sont le verdict d’un modèle de civilisation qui a confondu croissance avec progrès et performance avec intelligence. Comme le rappelle le biologiste Olivier Hamant, l’avenir n’appartient plus aux sociétés les plus performantes, mais aux plus robustes. Une vérité que Rachel Carson, Wangari Maathai, Vandana Shiva, Greta Thunberg et tant d’autres défenseurs de la justice climatique n’ont cessé de porter, souvent au prix de l’incompréhension, parfois au péril de leur vie.

À force de vouloir tout optimiser, l’humanité a fini par fragiliser l’essentiel. La nature, elle, ne recherche jamais la performance absolue ; elle privilégie l’équilibre, la diversité, la résilience. Pourtant, notre économie a fait de la vitesse une vertu, de la rentabilité un dogme et de la croissance infinie un horizon, comme si les limites physiques de la planète relevaient de la superstition. Les incendies qui ravagent l’Europe, les inondations meurtrières, les sécheresses persistantes en Afrique, les océans qui suffoquent sous le plastique et les espèces qui disparaissent à un rythme effarant sont autant de rappels que le vivant ne négocie pas avec les lois du marché. La crise climatique n’est pas seulement environnementale ; elle est avant tout une crise de civilisation.

Le mérite d’Olivier Hamant est de proposer une révolution intellectuelle là où beaucoup ne voient qu’une succession de catastrophes. Construire des sociétés robustes, c’est accepter que la sécurité alimentaire, la protection des écosystèmes, la solidarité entre les peuples et la sobriété valent davantage que les records de production ou les indicateurs boursiers. Cette vision rejoint celle des pionniers de la justice climatique qui, depuis des décennies, dénoncent un modèle économique fondé sur l’extraction sans limite des ressources naturelles et sur le sacrifice des populations les plus vulnérables. Les pays du Sud, qui contribuent le moins au dérèglement climatique, continuent d’en payer le prix le plus lourd. Cette injustice écologique constitue l’une des plus grandes faillites morales du XXIᵉ siècle.

L’heure n’est plus aux discours convenus ni aux promesses différées. Chaque gouvernement, chaque entreprise et chaque citoyen est désormais placé devant une responsabilité historique : choisir entre la poursuite d’une performance destructrice ou l’édification d’une société capable de résister aux chocs, de restaurer le vivant et de transmettre une planète habitable aux générations futures. La véritable grandeur d’une nation ne se mesurera bientôt plus à son produit intérieur brut, mais à sa capacité de protéger ses forêts, ses rivières, ses sols, son climat et sa biodiversité. Le XXIᵉ siècle ne sera pas jugé sur la richesse qu’il aura produite, mais sur le monde qu’il aura laissé derrière lui. Face au procès de l’Histoire, il ne suffira plus de dire que nous savions ; il faudra répondre de ce que nous avons choisi de faire.

Emmanuel Ndimwiza
Éditeur- Voix du Paysan

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