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Repoussés par les Forces armées de la République démocratique du Congo, les combattants des ADF ont transformé leur retraite en expédition meurtrière contre des civils sans défense. À Masekude, trois agriculteurs ont perdu la vie pour avoir simplement cultivé leur terre. Une fois de plus, la victoire militaire demeure incomplète tant que les populations continuent de payer le prix de l’insécurité.
L’affrontement survenu à Chanichani, dans le territoire de Beni, rappelle que les FARDC restent engagées dans un combat difficile contre un ennemi mobile et imprévisible. Mais le drame qui s’est joué quelques kilomètres plus loin, à Masekude, dans le territoire d’Irumu, révèle une réalité plus profonde : lorsqu’ils sont mis en déroute, les rebelles des ADF déplacent leur violence vers les populations civiles. Les trois agriculteurs tués n’étaient ni combattants ni acteurs du conflit ; ils représentaient cette majorité silencieuse qui tente de préserver sa dignité en cultivant la terre malgré la peur.
Cette tragédie met en lumière les limites d’une réponse exclusivement militaire. Une offensive réussie ne saurait être considérée comme une victoire durable si les villages voisins demeurent sans protection immédiate. Les zones agricoles, essentielles à la survie économique des communautés, sont devenues des espaces de vulnérabilité où la menace terroriste compromet la sécurité alimentaire, freine le retour des déplacés et entretient un climat de terreur. L’État ne peut laisser les paysans choisir entre la famine et le risque de mourir dans leurs champs.
La réponse doit désormais conjuguer sécurité, gouvernance et développement. Il est indispensable de renforcer les opérations conjointes entre les FARDC et les forces partenaires tout en installant des unités permanentes de sécurisation autour des principaux bassins agricoles. Les comités locaux d’alerte précoce doivent être mieux équipés et reliés aux forces de sécurité afin de signaler rapidement tout mouvement suspect. Parallèlement, l’ouverture et l’entretien des routes rurales, l’accompagnement des agriculteurs, la prise en charge des victimes et le retour effectif des services de l’État dans les zones libérées sont des priorités absolues.
Enfin, une coopération régionale renforcée contre les réseaux de financement et de ravitaillement des ADF demeure indispensable pour priver durablement ce groupe armé de ses capacités de nuisance. La paix dans l’est de la RDC ne se construira pas seulement par les armes, mais par la protection effective des citoyens, la restauration de l’autorité publique et la reconstruction de la confiance entre l’État et les communautés.
Emmanuel Ndimwiza
Éditeur- Voix du Paysan
Irumu–Beni : quand la fuite des ADF laisse derrière elle le sang des innocents