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Depuis les premiers empires, le pouvoir a souvent cherché à domestiquer les consciences. En Russie, la persécution des Témoins de Jéhovah rappelle que l’histoire de l’humanité est aussi celle d’une lutte incessante entre la raison d’État et la liberté de croire.
L’histoire humaine est jalonnée de procès intentés contre des convictions. De Socrate condamné pour avoir troublé l’ordre établi aux premiers chrétiens livrés aux arènes de Rome, des dissidents religieux traqués par les inquisitions aux minorités persécutées par les totalitarismes du XXᵉ siècle, chaque époque a trouvé ses prétextes pour faire taire ceux qui refusaient de penser ou de croire comme la majorité. Derrière ces persécutions se cache toujours la même tentation : celle d’un pouvoir qui considère la liberté de conscience comme une menace plutôt que comme un droit fondamental. La Russie contemporaine s’inscrit aujourd’hui dans cette longue généalogie des États qui cherchent à soumettre les âmes après avoir contrôlé les territoires.
En qualifiant les Témoins de Jéhovah d’« organisation extrémiste », Moscou a franchi une frontière qui dépasse largement le cadre juridique. Lorsque lire la Bible, se réunir pour prier ou partager une conviction religieuse suffit à justifier une perquisition, une arrestation ou une condamnation, ce n’est plus seulement une communauté qui est visée : c’est le principe universel de la liberté de conscience qui vacille. Les autorités invoquent la sécurité nationale et la lutte contre l’extrémisme ; les défenseurs des droits humains y voient, au contraire, l’utilisation d’un arsenal judiciaire pour réduire au silence une minorité pacifique dont le principal tort est de revendiquer le droit d’exister en dehors des cadres idéologiques imposés.
L’enjeu dépasse d’ailleurs les seuls Témoins de Jéhovah. Chaque fois qu’un État redéfinit arbitrairement ce qui constitue une croyance acceptable, il ouvre une brèche dans laquelle toutes les autres libertés peuvent être englouties. Aujourd’hui une confession religieuse, demain une association, un média indépendant, une organisation civile ou un simple citoyen. L’histoire enseigne que les libertés ne disparaissent jamais d’un seul coup ; elles s’effacent progressivement, au rythme des exceptions que l’on finit par considérer comme normales.
La véritable force d’une nation ne se mesure pas à sa capacité d’imposer une pensée unique, mais à son aptitude à protéger ceux qui pensent, prient ou vivent différemment. Les civilisations qui ont marqué durablement l’humanité ne sont pas celles qui ont bâti les prisons les plus solides, mais celles qui ont laissé une place à la diversité des consciences. La Russie devra un jour répondre à cette question que l’histoire pose inlassablement à tous les pouvoirs : peut-on durablement gouverner des citoyens libres en emprisonnant leur foi ?
La Rédaction
Russie : quand la foi devient un crime d’État