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Rentrée scolaire en RDC : l’école face au naufrage silencieux de l’économie de l’Est

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À quelques semaines de la rentrée scolaire 2026-2027, l’Est de la République démocratique du Congo vit un paradoxe cruel : tandis que les écoles se préparent à rouvrir leurs portes, des milliers de familles se demandent encore si elles auront les moyens d’y envoyer leurs enfants. Plus qu’une crise économique, c’est désormais l’avenir d’une génération qui se joue.

Chaque année, le mois d’août transforme les marchés congolais en vastes fourmilières où se croisent uniformes, cahiers, cartables et espoirs. Cette fois, le décor a changé. À Goma comme dans plusieurs villes de l’Est, les allées des marchés de Birere ou de Virunga ont perdu leur agitation habituelle. Les étals sont garnis, mais les clients se font rares. Les commerçants attendent, les parents calculent, les enfants observent. La rentrée scolaire, autrefois synonyme de renouveau, se heurte aujourd’hui à une réalité économique qui étouffe les ménages et réduit les ambitions familiales à une douloureuse équation de survie.

Cette crise dépasse largement le simple coût des fournitures scolaires. La fermeture prolongée des banques, la paralysie du trafic aérien, le ralentissement des échanges commerciaux et l’effondrement de nombreuses activités économiques ont fragilisé tout un écosystème dont dépendaient des milliers de familles. Les revenus se sont évaporés alors que les dépenses demeurent incontournables. Dans ce contexte, inscrire un enfant à l’école relève moins d’une formalité que d’un acte de résistance. Chaque cahier acheté devient un sacrifice, chaque uniforme cousu une victoire silencieuse contre la précarité, chaque frais scolaire payé un pari sur un avenir que la crise menace chaque jour davantage.

Pourtant, derrière cette détresse persistante demeure une remarquable obstination. Les parents refusent de laisser la pauvreté confisquer les rêves de leurs enfants. Ils empruntent, vendent quelques biens, reportent d’autres dépenses essentielles et multiplient les stratégies de survie pour préserver ce qui reste de leur plus précieux patrimoine : l’éducation. Mais cette résilience, aussi admirable soit-elle, ne peut tenir lieu de politique publique. Une société qui laisse l’école devenir un luxe prend le risque de fabriquer une génération sacrifiée. À l’approche de cette rentrée scolaire, le véritable défi n’est donc pas seulement de rouvrir les salles de classe, mais de garantir que chaque enfant puisse réellement y trouver sa place. Car lorsqu’une crise économique ferme les portes de l’école, c’est l’avenir d’une nation entière qui commence à se refermer.

Emmanuel Ndimwiza
Éditeur- Voix du Paysan

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