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Derrière les paysages du Lac Kivu, l’urgence silencieuse des enfants de Kinyabalanga, Nyamizi et Ibinja : une enquête sur l’exclusion qui prive une génération entière d’éducation, de soins de santé et d’opportunités de développement

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Au milieu des eaux du lac Kivu, sur le petit îlot de Kinyabalanga, Arsène, 15 ans, raconte une enfance marquée par l’isolement. Élève dans une école située à plusieurs kilomètres de traversée, il explique que chaque journée de cours dépend des conditions du lac, des moyens de transport disponibles et de la capacité de ses parents à payer les frais scolaires. « Parfois nous manquons l’école pendant plusieurs jours à cause du mauvais temps ou parce qu’il n’y a pas de pirogue », confie-t-il. L’adolescent évoque également les difficultés d’accès aux soins de santé, à l’eau potable et aux fournitures scolaires.

Malgré ces obstacles, il souligne la solidarité qui unit les habitants de l’îlot, où les familles s’entraident pour transporter les malades, construire les habitations et soutenir les enfants dans leur parcours scolaire.

Sur l’îlot de Nyamizi, Akonkwa, 17 ans, partage une réalité similaire. Issu d’une famille de pêcheurs, il a grandi au rythme du lac. Chaque nuit ou presque, il accompagne son père dans les activités de pêche qui constituent la principale source de revenus du ménage. Les prises varient selon les saisons, rendant les revenus familiaux instables et insuffisants pour couvrir tous les besoins essentiels.

Le jeune homme explique que plusieurs de ses camarades ont abandonné l’école pour contribuer à la survie de leurs familles. Malgré tout, il garde l’espoir d’améliorer ses conditions de vie grâce au travail et à la solidarité communautaire. Selon lui, les habitants de Nyamizi ont appris à compter les uns sur les autres face à l’absence de nombreux services publics.

À Ibinja, Fabrice, 16 ans, exprime avec émotion le regret de n’avoir jamais fréquenté l’école, ni au niveau primaire ni secondaire. Né dans une famille vivant essentiellement de la pêche artisanale, il passe aujourd’hui la majeure partie de son temps sur le lac pour aider à subvenir aux besoins du foyer. « Quand je vois d’autres jeunes lire ou écrire, je me demande ce que serait devenue ma vie si j’avais eu cette chance », raconte-t-il.

L’absence d’infrastructures éducatives accessibles, les coûts liés aux déplacements et la précarité économique ont contribué à l’exclure du système scolaire.

Pourtant, Fabrice refuse de céder au découragement. Comme beaucoup d’autres jeunes insulaires, il s’appuie sur les mécanismes de solidarité locale pour faire face aux difficultés quotidiennes et construire un avenir meilleur.

Les parents rencontrés dans ces trois îlots dressent un constat commun : vivre sur les îles du lac Kivu signifie composer chaque jour avec l’éloignement des écoles, des centres de santé, des marchés et des services administratifs. Pour accéder à l’eau potable, certaines familles parcourent de longues distances ou dépendent des sources disponibles localement. Les soins médicaux nécessitent souvent des traversées coûteuses et parfois risquées.

L’agriculture sur de petites parcelles, l’élevage de quelques animaux et la pêche artisanale constituent les principaux moyens de subsistance. Malgré cette précarité, les communautés ont développé une forte résilience fondée sur l’entraide, le partage des ressources et les initiatives locales.

Les parents estiment toutefois que cette résilience ne peut remplacer l’action publique. Ils appellent les autorités à renforcer les infrastructures scolaires et sanitaires, améliorer les voies de transport lacustre, faciliter l’accès à l’eau potable, soutenir les activités agricoles et halieutiques et garantir l’enregistrement des naissances afin que les enfants des îlots de Kinyabalanga, Nyamizi et Ibinja puissent enfin bénéficier des mêmes droits et opportunités que les autres enfants de la République démocratique du Congo.

La Rédaction

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