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À Kinshasa, la montée en puissance des routes en béton alimente polémiques et incompréhensions. Pourtant, d’un point de vue strictement technique et économique, ce matériau répond mieux que l’asphalte aux contraintes sévères de la capitale congolaise : fortes pluies, chaleur élevée, trafic lourd et intense. Plus résistant à l’eau, aux déformations et à l’usure, le béton offre une durée de vie deux à trois fois supérieure et un coût global plus faible sur le long terme. Pour une mégapole de plus de quinze millions d’habitants, ce choix est rationnel. Le problème fondamental n’est donc pas le béton, mais le contexte urbain chaotique dans lequel il est posé, a affirmé l’urbaniste Kyana Basila Joël
Une urbanisation désordonnée qui transforme le béton en piège
Kinshasa souffre d’un défaut structurel majeur : l’absence de planification préalable. Les quartiers naissent avant les voiries, les routes précèdent les réseaux, et les services essentiels interviennent après coup. Cette logique inversée était partiellement tolérable avec l’asphalte, matériau flexible et facilement réparable. Le béton, lui, ne pardonne pas. Chaque intervention de la REGIDESO, de la SNEL ou des opérateurs télécoms se traduit par des découpes, des réparations approximatives et une dégradation rapide de l’infrastructure. Une route conçue pour durer trente ans devient ainsi, en quelques années, un assemblage fragile et coûteux à entretenir, a-t-il déclaré.

Planifier la ville avant de bétonner pour réussir la modernisation
Selon l’urbaniste Kyana Basila Joël, dans les villes organisées, une route en béton est une infrastructure intégrée, pensée avec ses réseaux dès la conception : galeries techniques, tranchées visitables, caniveaux multi-réseaux et réserves pour les extensions futures. À Kinshasa, on bétonne d’abord et on improvise ensuite, transformant un investissement durable en source de désordre. Pour que le béton soit un levier de modernité, la capitale doit changer de paradigme : coordonner les acteurs, cartographier les réseaux, réserver des couloirs techniques et planifier l’espace urbain. Sans cette architecture invisible mais essentielle, le béton ne fera que figer le chaos au lieu de construire l’avenir.
La Rédaction