Voix du Paysan pour former et informer les citoyens : un engagement pour la justice sociale et climatique.
Un phénomène en croissance alarmante malgré des millions d’hectares réduits en cendres
Entre 2016 et 2023, le Mali a enregistré 143 433 foyers de feux de brousse, soit une moyenne de 20 490 par an, contribuant à la destruction de plus de 35,9 millions d’hectares de terres. Certaines campagnes – comme 2019-2020 et 2020-2021 – ont vu plus de 35 000 foyers, montrant la progression inquiétante d’un phénomène pourtant bien identifié. Le pays vit ainsi avec, en moyenne, 56 foyers par jour, brûlant chaque minute environ 11 hectares. Une dynamique qui fragilise l’agriculture, la faune, les sols, mais aussi la résilience des communautés rurales dépendantes des écosystèmes naturels.

Des services forestiers dépassés face à l’ampleur de la menace
Selon Adama SISSOKO, Docteur en Géographie de l’Environnement, l’analyse des rapports institutionnels montre que les structures chargées de la protection forestière disposent de moyens très en dessous des besoins réels. En 2016, seulement 965 agents couvraient l’ensemble du territoire national, soit un ratio d’un agent pour plus de 128 000 hectares. À cette insuffisance de personnel s’ajoutent des contraintes logistiques, budgétaires et sécuritaires qui limitent fortement les capacités d’intervention. Les forêts classées et réserves fauniques sont, elles aussi, agressées par les pressions agricoles, minières, pastorales et les aménagements d’infrastructures, aggravant la vulnérabilité du couvert végétal. Dans ce contexte, les feux de brousse prospèrent et se multiplient, faute d’une présence institutionnelle suffisante et d’une réponse intersectorielle coordonnée.

Un défi sociétal et institutionnel qui appelle une mobilisation collective
Au-delà des déficits matériels, la lutte contre les feux de brousse soulève des questions sociales profondes : perte d’autorité au sein des familles et des communautés, faible implication des médias, attention limitée de la société civile, et place encore secondaire du sujet dans les programmes communaux de développement. L’absence d’une synergie efficace entre les secteurs de l’environnement, de l’agriculture, de l’élevage et de la sécurité amplifie les lacunes dans la prévention. Plusieurs pistes existent pourtant : renforcer les moyens et effectifs forestiers, associer les légitimités traditionnelles, former les acteurs locaux, financer la recherche, créer des fonds communaux de gestion des feux et intensifier les campagnes de sensibilisation en langues locales. Des solutions réalistes, mais qui exigent une véritable volonté politique et communautaire pour inverser la tendance, a affirmé Adama SISSOKO, Docteur en Géographie de l’Environnement.

La Rédaction