Voix du Paysan pour former et informer les citoyens : un engagement pour la justice sociale et climatique.
Trois millions cinq cent mille dollars injectés pour relancer Congo Airways, une compagnie toujours clouée au sol plus d’un an après. Entre dépenses controversées, silence gouvernemental et soupçons de conflits d’intérêts, le dossier illustre une fois de plus les dérives d’une gouvernance où l’opacité semble avoir pris le commandement.

L’histoire de Congo Airways ressemble désormais à celle d’un avion immobilisé sur le tarmac pendant que son carburant s’évapore. Les 3,5 millions de dollars débloqués par le ministère de l’Économie nationale devaient offrir un nouveau souffle à la compagnie nationale. Le document de la Direction générale, qui détaille l’utilisation de cette enveloppe, montre qu’une part importante des fonds a servi à couvrir des arriérés de salaires, des honoraires, des loyers, des frais de fonctionnement ou encore des dépenses de maintenance. Des charges parfois nécessaires, certes, mais qui interrogent lorsqu’elles ne débouchent sur aucune reprise effective des vols. Plus d’un an et quatre mois après ce décaissement, l’appareil reste au sol, sans calendrier public crédible de redémarrage.

Au-delà des chiffres, c’est l’absence de résultats qui nourrit le doute. Lors de la 83ᵉ réunion du Conseil des ministres, le président de la République avait pourtant demandé à la Première ministre de présenter un plan de relance actualisé. Cette instruction, si elle a été exécutée, n’a toujours pas trouvé d’expression publique. Dans un État qui revendique la transparence comme principe de gouvernance, ce silence finit par devenir une information en lui-même. Car lorsqu’un investissement public de plusieurs millions de dollars ne produit ni bilan, ni échéancier, ni explication officielle, les interrogations cessent d’être politiques pour devenir légitimes.
À cette opacité s’ajoutent des accusations qui méritent d’être éclaircies plutôt que balayées d’un revers de main. Des voix prêtent au vice-Premier ministre en charge des Transports une préférence pour Air Congo, où il aurait des intérêts, au détriment de Congo Airways. Aucune preuve publique n’établit ces allégations à ce stade, mais leur persistance fragilise davantage la crédibilité des institutions. Quant au silence de la ministre du Portefeuille, alors qu’une commission mixte réunissant notamment l’Inspection générale des finances, le Conseil supérieur du portefeuille, l’Autorité de l’aviation civile et son ministère aurait formulé des recommandations, il contribue à alimenter un climat de suspicion plutôt qu’à le dissiper.

Le véritable enjeu dépasse finalement le destin d’une compagnie aérienne. Congo Airways est devenue le miroir d’une gouvernance où les annonces précèdent trop souvent les résultats, où les financements publics disparaissent dans les méandres administratifs et où les responsabilités semblent s’effacer à mesure que les projets échouent. Si les dépenses engagées étaient conformes à leur objet, le gouvernement a le devoir de le démontrer par un audit public et un plan de relance crédible. Si des irrégularités existent, elles doivent être établies par les institutions compétentes et sanctionnées. Dans les deux cas, les Congolais n’attendent plus des promesses : ils attendent que leur compagnie nationale décolle, ou que toute la vérité atterrisse enfin.
Emmanuel Ndimwiza
Éditeur- Voix du Paysan