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RDC : la course contre le temps pour sauver une génération du retour des maladies oubliées

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Alors que la rougeole, la rubéole et la poliomyélite continuent de menacer les enfants les plus vulnérables, la nouvelle campagne nationale de vaccination rappelle une vérité simple : en santé publique, chaque retard peut coûter des vies.

Du 4 au 9 août 2026, la République démocratique du Congo lance une nouvelle campagne de vaccination contre la rougeole-rubéole et la poliomyélite dans huit provinces, dont le Nord-Kivu, le Sud-Kivu et le Maniema. Mais derrière cette mobilisation sanitaire se cache une réalité plus profonde : celle d’un continent encore contraint de mener des guerres contre des ennemies que la médecine moderne aurait dû reléguer aux livres d’histoire. En RDC, comme dans plusieurs pays africains, le retour de maladies évitables révèle moins un échec scientifique qu’une crise persistante de gouvernance sanitaire, marquée par des systèmes fragiles, des financements insuffisants, des territoires abandonnés et des populations souvent laissées à la périphérie des politiques publiques. La vaccination devient ainsi le miroir des inégalités structurelles d’un État confronté à la difficulté de protéger les plus vulnérables.

La rougeole-rubéole et la poliomyélite ne reviennent pas par hasard. Elles prospèrent dans les espaces où les crises sécuritaires, les déplacements massifs des populations, la pauvreté et la désinformation affaiblissent les mécanismes de prévention. Dans l’Est de la RDC, où des millions de personnes vivent depuis des décennies au rythme des conflits, l’accès aux soins demeure un défi quotidien. Les enfants de 6 mois à 14 ans ciblés par la campagne contre la rougeole-rubéole et ceux de 0 à 59 mois concernés par la polio représentent une génération exposée aux conséquences d’un système qui peine encore à transformer les engagements internationaux en protection effective. Car une nation qui ne parvient pas à vacciner ses enfants révèle une vulnérabilité qui dépasse le domaine médical : elle touche à la souveraineté, à la stabilité sociale et à l’avenir économique.

Mais la bataille sanitaire ne se gagnera pas uniquement avec des doses de vaccins et des campagnes ponctuelles. Elle exige une réforme en profondeur des systèmes de santé africains, trop souvent dépendants de l’aide extérieure et organisés autour de réponses d’urgence plutôt que de stratégies durables. La multiplication des épidémies, de la rougeole à Ebola en passant par d’autres crises sanitaires, rappelle une leçon majeure : un pays ne peut construire une puissance économique et politique sans investir massivement dans la santé publique. En RDC, la lutte contre la désinformation et la méfiance vaccinale doit également s’accompagner d’une reconquête de la confiance citoyenne, car aucune politique sanitaire ne peut réussir durablement contre les communautés qu’elle cherche à protéger.

Cette campagne représente donc bien plus qu’une opération technique de vaccination. Elle pose une question essentielle : quel avenir une nation peut-elle espérer si elle laisse ses enfants exposés à des maladies que le monde sait prévenir depuis des décennies ? La RDC, comme l’Afrique tout entière, ne peut plus se contenter de gérer les urgences sanitaires au gré des financements et des crises. Protéger les enfants aujourd’hui implique de bâtir des États capables d’anticiper, de prévenir et de garantir le droit fondamental à la santé. La vaccination n’est pas seulement un outil médical : elle est un test de la capacité d’un pays à défendre sa population et à préparer son avenir.

Emmanuel Ndimwiza

Éditeur- Voix du Paysan

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