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Dans un communiqué d’une rare fermeté publié le 12 mai 2026, douze mouvements citoyens de la République démocratique du Congo ont lancé une offensive politique et citoyenne contre toute perspective de révision de la Constitution congolaise ou de prolongation du pouvoir du président Félix Tshisekedi au-delà de 2028.
Réunis autour d’organisations influentes de la société civile contestataire telles que URGENCES PANAFRICANISTES, LUCHA, FILIMBI, FRONT CITOYEN, GENERATION Z RDC, PARLEMENT DE LA RUE, MILITANTS DE LA DEMOCRATIE, LA VOIX DE CHEBEYA DH, EKOKI, NON VIOLENCE ACADEMIA, LES DEBOUTISTES et LA LUTTA, les signataires dénoncent ce qu’ils considèrent comme une dérive politique dangereuse dans un contexte national marqué par la guerre persistante dans l’Est de la République démocratique du Congo, l’effondrement social et une profonde crise de confiance institutionnelle.
Pour ces mouvements citoyens, les déclarations du chef de l’État lors de son point de presse du 6 mars 2026 à Kinshasa ont laissé entrevoir l’ouverture d’un débat orienté vers une modification de la Constitution, alors même que des millions de Congolais vivent sous la menace des conflits armés, des déplacements massifs et d’une précarité croissante. Le communiqué insiste sur le fait que la population de Bukavu, du Nord-Kivu, du Sud-Kivu et de l’Ituri attendait du président des réponses concrètes sur les opérations militaires, la diplomatie régionale, la protection des civils et le retour des déplacés, plutôt qu’un débat sur l’avenir politique du pouvoir en place.
En plaçant la question constitutionnelle au cœur du débat national dans un climat aussi explosif, estiment les mouvements citoyens, le régime risque d’alimenter davantage les fractures politiques et de provoquer une rupture plus profonde entre les institutions et la population.
Une mise en garde sévère contre toute tentative de “troisième mandat déguisé”
À travers cette déclaration, les mouvements citoyens de la République démocratique du Congo cherchent clairement à inscrire leur combat dans la défense stricte de l’ordre constitutionnel issu de la Constitution de 2006, considérée comme le socle fondamental de l’alternance démocratique en RDC. Leur argumentaire repose sur une analyse politique et juridique forte : aucune réforme constitutionnelle crédible ne peut être engagée dans un contexte de guerre, de crise de légitimité électorale et de souffrance généralisée.
Les signataires rappellent que la Constitution congolaise est le fruit de longues luttes politiques et de sacrifices humains considérables, et qu’elle ne saurait être transformée en instrument de conservation du pouvoir. Derrière les mots employés dans ce communiqué transparaît également une crainte profonde de voir se reproduire les tensions qui ont marqué plusieurs pays africains confrontés à des révisions constitutionnelles controversées.
Les mouvements citoyens accusent ainsi le pouvoir de vouloir détourner l’attention des véritables priorités nationales — notamment la sécurité, la justice sociale, la reconstruction des territoires occupés et la restauration de l’autorité de l’État — au profit de calculs politiques liés au maintien au pouvoir. Dans un ton inhabituellement radical, ils vont jusqu’à qualifier toute instrumentalisation de la guerre de l’Est pour justifier un maintien au pouvoir au-delà de 2028 de “haute trahison”. En appelant la jeunesse, les intellectuels, les confessions religieuses, les organisations citoyennes et l’opposition à rester mobilisés, ces mouvements cherchent désormais à construire un vaste front démocratique national capable de faire barrage à toute initiative jugée anticonstitutionnelle.
Les mouvements citoyens plaident pour une sortie de crise centrée sur la paix, la gouvernance et la restauration de la confiance nationale
Au-delà de la dénonciation politique, les mouvements citoyens ont également insisté sur plusieurs pistes de solutions concrètes qu’ils considèrent comme prioritaires pour éviter une aggravation de la crise congolaise. Ils estiment que l’urgence absolue devrait être la reconquête effective des territoires sous menace armée, le renforcement des capacités des forces de défense et la mise en place d’une stratégie diplomatique cohérente capable d’isoler les groupes déstabilisateurs actifs dans l’Est du pays.
Les signataires plaident également pour un dialogue national inclusif centré non pas sur la modification de la Constitution, mais sur les réformes électorales, la transparence institutionnelle, la lutte contre la corruption et la restauration de la crédibilité démocratique après les élections contestées de 2018 et 2023. Ils demandent en outre une réponse humanitaire forte en faveur des déplacés de guerre, un programme national d’encadrement de la jeunesse confrontée au chômage massif ainsi qu’une meilleure redistribution des ressources publiques dans les provinces affectées par les conflits.
Pour ces mouvements citoyens, la stabilité durable de la RDC ne peut être construite ni sur la personnalisation du pouvoir ni sur des réformes constitutionnelles opportunistes, mais plutôt sur le respect strict des principes démocratiques, l’alternance politique et la reconstruction de la confiance entre l’État et les citoyens. Leur message apparaît aujourd’hui comme un avertissement politique majeur adressé au pouvoir central : dans un pays marqué par des décennies de crises et de violences, toute tentative de fragiliser le pacte constitutionnel pourrait ouvrir une nouvelle période d’instabilité nationale aux conséquences imprévisibles.
La Rédaction
RDC : douze mouvements citoyens dressent un front commun contre toute révision constitutionnelle et accusent Félix Tshisekedi de détourner l’attention des drames de l’Est