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Le 3 mai 2025, la République démocratique du Congo (RDC) a annoncé l’ouverture de 52 nouveaux blocs pétroliers dans le Bassin central, une région vaste de près de 800 000 kilomètres carrés, riche en hydrocarbures mais encore largement inexploitée. Présentée par le ministre des Hydrocarbures Aimé Molendo Sakombi et appuyée par des données de l’USGS (Service géologique des États-Unis), cette annonce pourrait représenter un tournant économique majeur pour un pays historiquement marqué par l’exploitation de ses ressources au profit d’intérêts extérieurs.
Cependant, lorsqu’on analyse cette initiative à travers le Modèle Tri-Axis — qui évalue les décisions selon leur impact sur la société, l’environnement et l’éthique — une image plus nuancée émerge.
Axe 1 : Est-ce bon pour la société ?
Les gains potentiels sont considérables. Avec moins de 5 % de son potentiel pétrolier actuellement exploité, la RDC pourrait attirer des investissements, créer des emplois et augmenter ses recettes publiques. Dans un pays où la pauvreté est endémique, ces ressources pourraient transformer les services de base et améliorer les conditions de vie.
Mais le passé invite à la prudence. Les richesses naturelles de la RDC ont souvent profité à une élite restreinte ou à des intérêts étrangers. L’absence de consultation publique large et de mécanismes clairs de redistribution équitable soulève des inquiétudes : les populations locales risquent encore une fois d’être oubliées.
Axe 2 : Est-ce bon pour l’environnement ?
Le Bassin central se situe au cœur de la forêt du bassin du Congo, deuxième plus grande forêt tropicale au monde et puits de carbone vital pour la planète. Le gouvernement affirme que les nouveaux blocs respectent les aires protégées, mais ces déclarations demandent à être vérifiées sur le terrain.
L’exploration et l’exploitation pétrolière menacent de provoquer déforestation, pollution, et perte de biodiversité. Sans garanties solides, surveillance indépendante et sanctions en cas de non-respect, les dommages environnementaux pourraient être irréversibles, tant pour la RDC que pour la planète entière.
Axe 3 : Est-ce éthique ?
Sur le plan éthique, le projet est préoccupant. Un précédent appel d’offres a été annulé pour irrégularités. Aujourd’hui, les droits sont attribués à l’entreprise nationale SONAHYDROC, mais sans transparence claire ni garantie de justice sociale. Les communautés locales ont-elles été consultées ? Leurs droits sont-ils protégés ? Rien ne l’indique pour l’instant.
Le développement éthique exige plus que des intentions : il impose la redevabilité, le respect des droits humains et des mécanismes de justice environnementale. Ces éléments semblent aujourd’hui insuffisamment pris en compte.
Conclusion : À la croisée des chemins
La RDC se trouve face à un choix historique. Ces 52 nouveaux blocs pétroliers pourraient catalyser le développement économique du pays. Mais selon le Modèle Tri-Axis, ce projet ne pourra être bénéfique que s’il est profondément réorienté vers plus de transparence, d’équité et de responsabilité environnementale.
Le gouvernement a l’opportunité de faire de cette annonce un tournant vers un développement durable et juste — ou, à l’inverse, de répéter les erreurs d’un passé extractiviste dont les populations congolaises continuent de payer le prix.
La Rédaction