Voix du Paysan pour former et informer les citoyens : un engagement pour la justice sociale et climatique.
Un échange de tirs entre militaires congolais, sur les eaux qui séparent la RDC et le Congo-Brazzaville, rappelle une évidence : entre deux voisins liés par l’histoire, la géographie et le destin, le moindre incident peut devenir une dangereuse étincelle.
Le 27 août, le fleuve Congo a cessé, le temps de quelques tirs, d’être un trait d’union pour devenir une frontière sous tension. Entre Yumbi, au Maï-Ndombe, et Makotimpoko, sur la rive brazzavilloise, des militaires des deux pays se sont affrontés, faisant des victimes. Les versions divergent encore sur l’origine de l’incident et aucun bilan commun n’a été établi. Mais au-delà des circonstances précises, une réalité s’impose : lorsque les armes parlent sur une frontière aussi sensible, le risque dépasse largement les quelques kilomètres de berges concernés.
Kinshasa et Brazzaville jouent ici bien plus qu’une simple partie de clarification militaire. Les deux capitales doivent empêcher qu’un incident local ne se transforme en crise diplomatique, puis en crise sécuritaire. Dans une région des Grands Lacs et du bassin du Congo déjà éprouvée par les conflits, une confrontation entre les deux Congo aurait un coût humain, politique et économique considérable. Le fleuve doit rester un espace de circulation, de commerce et de fraternité, et non devenir le théâtre d’une rivalité entre forces armées.
La sortie de crise passe donc par le dialogue, mais un dialogue concret et permanent. Une enquête conjointe et transparente doit établir les faits et les responsabilités ; les mécanismes de concertation entre autorités civiles, militaires et administratives des deux pays doivent être renforcés ; des canaux de communication directe doivent permettre de désamorcer immédiatement tout incident sur le fleuve. Surtout, Kinshasa et Brazzaville doivent transformer cette crise en occasion de bâtir une véritable coopération frontalière, fondée sur la confiance, la prévention et la protection des populations riveraines. Car le Congo est assez vaste pour accueillir deux nations, mais son fleuve est trop précieux pour devenir leur champ de bataille.
Emmanuel Ndimwiza
Éditeur- Voix du Paysan
Le fleuve Congo ne doit pas devenir une ligne de front