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À Lamu, au Kenya, l’extension de Manda Bay ravive une question aussi ancienne que stratégique : jusqu’où peut-on renforcer la sécurité sans fragiliser ceux qui vivent de la mer ?
La mer de Lamu est devenue un théâtre où se croisent désormais ambitions militaires, intérêts économiques et survie des communautés côtières. Selon les informations fournies par BRES-OCTAGONE THINK-TANK, l’extension de la piste de la base navale de Manda Bay, lancée le 30 janvier 2026 avec le soutien des États-Unis, entend renforcer la surveillance maritime, combattre la piraterie et les trafics illicites, tout en sécurisant les routes commerciales de l’Afrique de l’Est.
Mais derrière les cartes militaires et les grands corridors stratégiques, il y a des hommes qui regardent la mer non comme un champ de bataille, mais comme leur garde-manger. À Lamu, la pêche artisanale demeure une colonne vertébrale économique et alimentaire. Les moteurs, GPS, glacières et équipements de sécurité distribués aux pêcheurs peuvent élargir leurs horizons ; ils ne sauraient toutefois remplacer une garantie essentielle : celle de pouvoir accéder durablement aux zones de pêche sans que les impératifs sécuritaires ne rétrécissent leur espace de vie.
C’est ici que le récit du développement mérite d’être interrogé. Manda Bay et le corridor LAPSSET placent Lamu au cœur d’une architecture stratégique appelée à peser sur l’économie régionale. Mais une base militaire agrandie, un port plus puissant et des infrastructures plus modernes ne constitueront un progrès que si les communautés qui vivent depuis des générations au rythme des marées en récoltent aussi les dividendeBRES-OCTAGONE THINK-TANK met ainsi en lumière une tension qui dépasse Lamu : celle entre la géopolitique des infrastructures et la micro-économie des populations locales.
Le véritable enjeu n’est donc pas de choisir entre sécurité et pêche, mais de refuser que l’une se construise au détriment de l’autre. La lutte contre Al-Shabaab, la piraterie et les trafics est une nécessité ; la protection des moyens de subsistance l’est tout autant. Les pêcheurs ne doivent pas devenir les dommages collatéraux silencieux d’une stratégie sécuritaire conçue loin de leurs embarcations, de leurs marchés et de leurs villages.
À Lamu, la puissance devra apprendre à écouter la mer. Car une sécurité qui protège les routes commerciales mais fragilise ceux qui nourrissent les communautés côtières serait une sécurité incomplète. L’avertissement relayé par BRES-OCTAGONE THINK-TANK, avec les contributions de SIRAS Think-Tank et Octagone Media, pose finalement une exigence simple : que le développement de Lamu ne se mesure pas seulement à la longueur d’une piste ou à la capacité d’une base militaire, mais aussi au nombre de pêcheurs capables de rentrer au port avec leurs filets pleins et leur avenir intact.
Emmanuel Ndimwiza
Éditeur- Voix du Paysan
Lamu : quand la sécurité militaire bouscule les filets des pêcheurs — l’alerte de BRES-OCTAGONE THINK-TANK