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Sur l’île d’Idjwi, l’ananas ne manque ni de soleil ni de producteurs. Ce qui lui manque encore, c’est une chaîne de valeur capable de transformer l’abondance agricole en richesse locale.
À Idjwi, l’ananas raconte une contradiction congolaise : produire beaucoup, mais gagner peu. Après des mois de travail dans les champs, des fruits mûrs peuvent finir par pourrir faute de débouchés, de transport ou de capacités de conservation. Pendant ce temps, l’île voit partir sa matière première vers Goma ou Bukavu et regarde revenir, sous forme de produits transformés, une valeur ajoutée qu’elle aurait pu retenir sur son propre territoire. Le paradoxe est cruel : l’île produit le fruit, mais pas toujours la richesse qu’il devrait générer.
La transformation locale apparaît dès lors moins comme une simple activité commerciale que comme une stratégie de développement. Jus, fruits séchés, confitures ou autres dérivés : chaque ananas transformé sur place prolonge sa durée de vie, crée une activité et ouvre un marché supplémentaire aux producteurs. Derrière une petite unité de transformation, ce sont des jeunes qui peuvent trouver un emploi, des femmes qui peuvent développer une activité économique, des agriculteurs qui peuvent mieux négocier leurs récoltes et des familles qui peuvent accroître leurs revenus. La véritable richesse de l’ananas commence là où s’arrête la vente du fruit brut.
L’enjeu dépasse donc le seul destin de l’ananas. Avec des initiatives locales comme PROLASA, Idjwi peut progressivement construire une économie où produire, transformer et commercialiser se font davantage sur l’île. Mais cette ambition exige des investissements dans les équipements, l’énergie, le transport, l’emballage, la formation, l’accès au financement et surtout l’organisation des producteurs. Car une transformation locale sans marché solide resterait une promesse ; une transformation soutenue par une véritable chaîne de valeur pourrait, elle, devenir un moteur économique.
Idjwi ne devrait plus être seulement connue comme une terre qui produit des ananas, mais comme une île qui sait en faire une richesse. Consommer local n’est donc pas un simple slogan patriotique : c’est un acte économique. Acheter un jus fabriqué à Idjwi, soutenir une unité de transformation ou privilégier un produit issu des champs de l’île, c’est contribuer à maintenir la valeur sur le territoire. L’ananas d’Idjwi a déjà le goût du terroir ; il lui reste à prendre celui de la prospérité.
Emmanuel Ndimwiza
Éditeur- Voix du Paysan.