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Goma, quand les promesses des campagnes restent collées aux murs et deviennent les déchets d’une ville qui veut tourner la page

Voix du Paysan pour former et informer les citoyens : un engagement pour la justice sociale et climatique.

Elles promettaient le changement, la prospérité, la démocratie ou simplement un produit à acheter. Depuis les élections de 2023, les affiches ont aussi laissé derrière elles une autre promesse : celle d’une ville progressivement recouverte par ses propres déchets.

À Goma, les murs ont une mémoire. Ils se souviennent des visages souriants des candidats de 2023, des slogans politiques, des messages de sensibilisation, des annonces commerciales et de toutes ces affiches qui, campagne après campagne, ont transformé l’espace public en immense tableau d’affichage. Certaines ont disparu, d’autres se sont déchirées sous la pluie et le soleil, mais beaucoup demeurent, superposées aux nouvelles, comme les strates d’une ville qui peine à tourner la page. Ce qui devait être un outil de communication est devenu, par endroits, une pollution visuelle permanente.

Le paradoxe est saisissant. Une affiche peut appeler à protéger l’environnement tout en participant elle-même à sa dégradation. Papier, colle, encres, plastification et fragments arrachés par le vent finissent dans les rues, sur les trottoirs et parfois dans les caniveaux. À Goma, où la gestion des déchets constitue déjà un défi majeur, chaque affiche abandonnée rappelle une vérité simple : il n’existe pas de campagne citoyenne lorsque l’espace commun est traité comme une poubelle. La démocratie, le commerce et la sensibilisation ne peuvent s’exercer au mépris du cadre de vie.

Depuis 2023, le phénomène mérite donc de sortir de l’indifférence. Les candidats, partis politiques, entreprises, organisations et agences de communication doivent comprendre que l’espace urbain n’est pas une propriété privée disponible à volonté. La ville appartient à tous. Il faut des zones d’affichage clairement délimitées, des autorisations préalables, des supports réutilisables ou moins polluants et surtout une règle élémentaire : celui qui colle doit retirer. Après chaque campagne, une période obligatoire de nettoyage pourrait être imposée, avec identification des responsables, sanctions en cas de non-respect et caution environnementale destinée à financer l’enlèvement des affiches.

Goma pourrait même transformer cette nuisance en laboratoire africain de l’« affichage responsable ». La mairie et les autorités urbaines pourraient créer une cartographie des espaces autorisés, interdire le collage sur les arbres, les infrastructures publiques, les poteaux électriques et les ouvrages d’évacuation des eaux, organiser des opérations de retrait avec les acteurs concernés et instaurer un système de responsabilité élargie des producteurs d’affiches. Les imprimeurs, quant à eux, pourraient être associés à une charte privilégiant des matériaux recyclables, la réduction des supports plastifiés et la récupération des affiches usagées. Une plateforme citoyenne de signalement pourrait enfin permettre aux habitants de documenter les affichages sauvages et leur retrait.

Goma n’a pas besoin de murs plus propres pour faire oublier ses campagnes : elle a besoin d’une nouvelle culture de l’espace public. Les élections de 2023 auront été un test. Les affiches qui continuent de s’accumuler jusqu’en 2026 doivent devenir un avertissement. Une ville moderne ne mesure pas seulement sa démocratie au nombre d’affiches qu’elle autorise, mais aussi à la responsabilité avec laquelle elle les fait disparaître. Si Goma réussit à faire de chaque campagne une opération zéro déchet, elle ne donnera pas seulement l’exemple au Kivu : elle pourrait offrir aux villes africaines une nouvelle règle de civisme urbain — communiquer sans polluer, convaincre sans dégrader, mobiliser sans abandonner.

Emmanuel Ndimwiza
Éditeur- Voix du Paysan

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