Voix du Paysan pour former et informer les citoyens : un engagement pour la justice sociale et climatique.
Reportage d’Emmanuel Ndimwiza dans les zones de santé rurales d’Idjwi et de Miti-Murhesa
Dans les villages enclavés de la zone de santé rurale d’Idjwi et dans les collines verdoyantes de Miti-Murhesa, le simple mot Ebola continue de susciter l’inquiétude, la peur et parfois même la méfiance. Alors que les communautés font déjà face à la pauvreté, à l’insécurité alimentaire et à la faiblesse des infrastructures sanitaires, la résurgence de cette maladie ravive de douloureux souvenirs. Au cours de cette enquête de terrain réalisée par Emmanuel Ndimwiza, plusieurs habitants rencontrés sous couvert d’anonymat ont exprimé leurs préoccupations. Quand nous entendons parler d’Ebola, nous pensons immédiatement à la mort. Beaucoup de familles ont encore peur d’aller dans les centres de santé, confie un habitant d’Idjwi. Dans certaines localités, des imaginaires collectifs persistent encore, alimentés par les expériences passées et le manque d’informations fiables, créant un terrain favorable à la circulation de fausses nouvelles.
À Miti-Murhesa comme à Idjwi, les rumeurs restent l’un des principaux obstacles à la prévention. Certains habitants continuent d’affirmer qu’Ebola serait une invention destinée à attirer des financements internationaux, tandis que d’autres pensent que les équipes sanitaires propageraient elles-mêmes la maladie. Beaucoup de gens disent encore que les malades sont emmenés dans les centres de traitement pour ne jamais revenir. Cela crée une peur énorme dans les communautés, témoigne un jeune leader communautaire rencontré lors de cette enquête. Ces perceptions traduisent une crise de confiance plus profonde entre certaines populations et les institutions publiques. Les experts estiment pourtant que la lutte contre Ebola dépend autant des mesures médicales que de la capacité à restaurer le dialogue avec les communautés. Sans cette confiance, les campagnes de sensibilisation risquent d’être rejetées et les comportements à risque de persister.
Face à ces défis, plusieurs citoyens interrogés appellent à une mobilisation communautaire renforcée. Nous avons besoin que les informations viennent aussi des chefs locaux, des enseignants, des radios communautaires et des jeunes volontaires que nous connaissons, explique une mère de famille rencontrée à Miti-Murhesa. Les pistes de solutions évoquées sur le terrain reposent sur la multiplication des campagnes d’information en langues locales, l’implication des leaders religieux et coutumiers, le soutien aux médias communautaires et la création d’espaces permanents de dialogue entre les équipes sanitaires et les habitants. Renforcer la résilience communautaire signifie également investir dans des systèmes de santé de proximité capables de répondre rapidement aux alertes tout en combattant les fausses informations. Dans un contexte où l’Est de la RDC demeure confronté à de multiples crises, les communautés d’Idjwi et de Miti-Murhesa démontrent que la meilleure arme contre Ebola reste une population informée, écoutée et pleinement impliquée dans la protection de sa propre santé.
La Rédaction