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La condamnation à quatre ans d’emprisonnement, dont dix-huit mois avec sursis probatoire, d’un homme reconnu coupable de destruction involontaire par incendie de bois ou de forêt après des jets de mégots de cigarette dans les Landes constitue un signal judiciaire d’une rare fermeté. Selon les informations communiquées par les autorités françaises, cette décision s’accompagne de la confiscation du véhicule du condamné, d’une interdiction de paraître dans le département concerné ainsi que d’une peine d’inéligibilité. Au-delà du sort réservé à un individu, c’est un principe qui s’impose : en période de sécheresse et de vulnérabilité climatique, la négligence n’est plus une simple imprudence ; elle peut devenir une tragédie collective.
Les déclarations du ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, affirmant que « 70 % des cas » d’incendies seraient d’origine criminelle et faisant état de 275 interpellations depuis le début de la saison, dont plusieurs mises en examen, illustrent l’ampleur d’un phénomène qui dépasse les accidents isolés. Si ces chiffres appellent naturellement à être consolidés par les enquêtes judiciaires en cours, ils rappellent surtout que les feux de forêt ne sont plus seulement des catastrophes naturelles : ils sont aussi, trop souvent, le résultat d’actes humains, volontaires ou gravement imprudents, qui mettent en péril des vies, des patrimoines et des écosystèmes entiers.
Mais la réponse pénale, aussi exemplaire soit-elle, ne saurait constituer l’unique horizon de la politique publique. Chaque incendie majeur mérite une enquête approfondie, indépendante et transparente afin d’établir toute la vérité sur son origine, ses éventuelles complicités, les défaillances qui ont pu favoriser sa propagation et les responsabilités de chacun. Les victimes, qu’elles aient perdu leur habitation, leurs terres, leurs récoltes ou leurs moyens de subsistance, ne peuvent être reléguées au second plan. Leur indemnisation rapide, juste et complète doit être une priorité, car la reconstruction d’une vie ne peut dépendre de la seule lenteur des procédures.
La lutte contre les incendies criminels exige enfin une stratégie qui conjugue prévention, renseignement, justice et réparation. Les autorités doivent poursuivre sans relâche tous les auteurs, qu’ils soient mus par la malveillance, l’inconscience ou la recherche d’un intérêt quelconque, tout en renforçant les dispositifs de surveillance et de sensibilisation. Car lorsqu’une forêt part en fumée, ce ne sont pas seulement des arbres qui disparaissent : c’est une part du patrimoine commun, de la biodiversité et de l’avenir des générations futures qui s’embrase. Une démocratie responsable ne se contente pas d’éteindre les flammes ; elle fait toute la lumière, protège les victimes et veille à ce que nul incendiaire ne demeure impuni.
Emmanuel Ndimwiza
Éditeur- Voix du Paysan
Incendies de forêt : quand la justice frappe un homme, mais que l’État doit aussi remonter toute la chaîne des responsabilités