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De la MONUSCO aux bancs de l’école : avec Bintou Keita, la Guinée fait le pari audacieux que l’avenir d’une nation se construit moins dans les casernes que dans les salles de classe

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En confiant à Bintou Keita les rênes du ministère de l’Éducation nationale, de l’Alphabétisation, de l’Enseignement technique et de la Formation professionnelle, le général Mamadi Doumbouya ne signe pas seulement un remaniement ministériel. Il envoie un signal politique d’une rare portée. À l’heure où nombre de transitions africaines sont jugées à l’aune de leur capacité à restaurer l’ordre sécuritaire, la Guinée choisit de placer une diplomate de stature internationale à la tête du secteur le plus déterminant pour son avenir : l’éducation. Ce choix dépasse les équilibres gouvernementaux ; il interroge la vision même de l’État et rappelle qu’aucune stabilité durable ne peut survivre à l’effondrement du savoir.

Le parcours de Bintou Keita confère à cette nomination une résonance particulière. Pendant près de quatre années à la tête de la MONUSCO en République démocratique du Congo, elle a évolué au cœur des crises les plus complexes du continent, où les armes, les déplacements de populations et les urgences humanitaires imposaient des arbitrages quotidiens. Son expérience lui a appris une vérité que les statistiques confirment depuis longtemps : les conflits prospèrent là où l’école recule, où l’ignorance gagne du terrain et où la jeunesse perd confiance en l’avenir. Passer des opérations de maintien de la paix à la reconstruction du système éducatif n’est donc pas une rupture, mais une continuité. Car enseigner demeure l’une des formes les plus durables de prévention des conflits.

Pour autant, cette nomination ne saurait être réduite à un symbole. Les défis qui attendent la nouvelle ministre sont immenses : améliorer la qualité de l’enseignement, renforcer la formation professionnelle, lutter contre l’abandon scolaire, réduire les inégalités territoriales et adapter les apprentissages aux exigences d’une économie en mutation. Les Guinéens n’attendront pas des discours, mais des résultats. Dans un pays où la jeunesse représente une force démographique considérable, l’éducation devra cesser d’être un secteur administré pour devenir une véritable politique de transformation nationale, capable de produire des citoyens compétents, libres et responsables.

L’arrivée de Bintou Keita au gouvernement pourrait ainsi marquer un tournant si elle s’accompagne d’une volonté politique constante et de moyens à la hauteur des ambitions affichées. Les Nations unies lui ont offert une scène mondiale ; la Guinée lui confie désormais une mission plus exigeante encore : bâtir les fondations intellectuelles d’une génération. Les gouvernements passent, les transitions s’achèvent et les crises finissent par s’estomper. Mais les nations qui investissent dans leurs écoles écrivent leur histoire sur le long terme. C’est à cette épreuve que sera désormais jugée la Guinée, et c’est sur les bancs de ses établissements scolaires, bien plus que dans les palais du pouvoir, que se décidera la véritable réussite de cette nouvelle page politique.

Emmanuel Ndimwiza
Éditeur- Voix du Paysan

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