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À Butembo, la marche pacifique organisée par les mouvements citoyens, dont Filimbi et plusieurs organisations locales, dépasse largement le cadre d’une simple manifestation. Elle constitue un cri d’alarme lancé par une jeunesse qui refuse de voir son avenir sacrifié sur l’autel de la consommation incontrôlée des boissons fortement alcoolisées. En parcourant les artères de la ville jusqu’à la mairie, les manifestants ont rappelé que la protection de la jeunesse n’est pas une option politique, mais une responsabilité fondamentale de l’État. Derrière les slogans et les pancartes se cache une inquiétude profonde : celle de voir une génération perdre progressivement ses repères, sa santé et son potentiel.

Parmi les voix qui ont porté ce message figure Gerlas Mukonzo, militant de Filimbi à Butembo, qui a dénoncé avec fermeté la présence grandissante sur le marché de boissons à forte teneur en alcool, qualifiées par les manifestants de « boissons de la mort ». À travers le mémorandum remis aux autorités, Gerlas Mukonzo et ses compagnons de lutte ont appelé le gouvernement à agir avec courage en réglementant strictement la production et la commercialisation de ces produits, voire en envisageant la fermeture ou la reconversion des unités industrielles qui privilégient le profit au détriment de la santé publique.

Le plaidoyer de Gerlas Mukonzo rappelle une vérité souvent négligée : la lutte contre l’alcoolisme est aussi un combat pour le développement. Une jeunesse affaiblie par les addictions est une jeunesse moins productive, moins innovante et plus vulnérable aux violences, à la pauvreté et au chômage. Les autorités congolaises sont désormais interpellées sur leur capacité à concilier les intérêts économiques des producteurs avec l’impératif de préserver le capital humain du pays. L’inaction face à cette crise reviendrait à accepter que des milliers de jeunes continuent de sombrer dans une spirale aux conséquences sociales et sanitaires dramatiques.

L’initiative des mouvements citoyens de Butembo mérite d’être entendue bien au-delà des frontières de la ville. Elle ouvre un débat national sur la responsabilité des pouvoirs publics, des industriels, des familles et des communautés dans la protection de la jeunesse. Il est temps que des politiques publiques ambitieuses allient contrôle rigoureux des boissons alcoolisées, sensibilisation, prévention et accompagnement des personnes dépendantes. Car une nation qui abandonne sa jeunesse aux ravages des addictions compromet inévitablement son propre avenir.
Emmanuel Ndimwiza
Éditeur- Voix du Paysan