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À Kigali, le café congolais n’est pas venu pour faire de la figuration. Il est venu pour être dégusté, comparé et reconnu. Et le verdict du cupping a offert à Idjwi une place de choix.
Le café d’Idjwi vient de rappeler une vérité que l’on oublie trop souvent : la qualité congolaise existe, mais elle peine encore à trouver les vitrines capables de la révéler. À la Global Coffee Conference 2026, organisée du 23 au 25 septembre à Kigali, le café de la SOCOOAPI-CA, coopérative agricole de spécialité basée à Idjwi, s’est classé premier lors d’une session de dégustation réunissant des dizaines d’échantillons venus de coopératives d’Afrique de l’Est et d’Amérique latine. Derrière cette distinction, il y a des producteurs, et surtout des femmes caféicultrices qui portent à bout de bras un terroir dont le potentiel dépasse largement les frontières du Kivu.

Le symbole est puissant. Pendant que l’Est de la RDC est trop souvent raconté à travers ses crises, ses conflits et ses tragédies, Idjwi vient parler un autre langage : celui de la terre, du travail, de la qualité et de la valeur ajoutée. À Kigali, les stations de lavage, les lits de séchage, la traçabilité et les exigences du café de spécialité ont rappelé que le café ne se résume pas à une récolte : c’est toute une chaîne de savoir-faire qui transforme une production paysanne en produit capable de rivaliser sur les marchés internationaux.

Mais cette victoire doit surtout interpeller Kinshasa. Combien de temps encore la RDC se contentera-t-elle d’exporter son potentiel sans construire les infrastructures, les politiques agricoles et les mécanismes commerciaux capables de rémunérer justement ceux qui le produisent ? Un café reconnu à l’international ne doit pas seulement faire la fierté d’une coopérative ; il doit devenir une source de revenus, d’emplois et de dignité pour les communautés rurales. La performance de SOCOOAPI-CA montre ce que les producteurs congolais peuvent accomplir lorsque l’accompagnement, la qualité et l’accès au marché se rencontrent.

De Kigali, le message d’Idjwi est donc limpide : le Congo n’a pas seulement un sous-sol riche ; il possède aussi des terroirs capables de conquérir le monde. Encore faut-il cesser de regarder l’agriculture comme une activité de survie et commencer à la traiter comme une véritable industrie de création de valeur. Le café d’Idjwi vient de gagner une dégustation ; aux décideurs congolais désormais de faire en sorte que cette victoire ne reste pas une belle histoire racontée après un cupping. Elle peut être le début d’une nouvelle histoire : celle d’un café congolais qui ne demande plus sa place sur le marché mondial, mais qui la prend par la qualité.
Emmanuel Ndimwiza
Éditeur- Voix du Paysan