Voix du Paysan pour former et informer les citoyens : un engagement pour la justice sociale et climatique.
Depuis près d’un mois, les marchés de Goma enregistrent des variations inquiétantes des prix des principales denrées alimentaires, illustrant une économie locale de plus en plus vulnérable aux chocs sécuritaires, climatiques et commerciaux. Alors que le prix de la mesure de haricots est passé de 2 300 à 3 000 francs congolais, celui du kilogramme de pommes de terre est monté de 1 000 à 1 500 francs congolais. Seul le maïs connaît une baisse relative, la mesure (« murongo ») passant de 1 500 à 1 200 francs congolais, une évolution qui ne suffit pas à compenser la hausse des autres produits essentiels. Pour de nombreux ménages, ces fluctuations traduisent une perte progressive du pouvoir d’achat et renforcent l’inquiétude face à un avenir où l’accès à une alimentation suffisante pourrait devenir encore plus difficile.
Cette évolution des prix n’est pas le fruit du hasard. Elle résulte d’un enchevêtrement de facteurs structurels : l’insécurité persistante dans les zones de production qui limite les activités agricoles, la dégradation des routes de desserte agricole qui renchérit les coûts de transport, la spéculation sur certains marchés, la faiblesse des mécanismes publics de régulation des prix et les perturbations des échanges commerciaux dans la région des Grands Lacs. À cela s’ajoutent les effets de plus en plus visibles des changements climatiques. Les saisons agricoles deviennent imprévisibles, les pluies excessives alternent avec des périodes de sécheresse, les maladies des cultures se multiplient et les rendements diminuent. Sans une adaptation rapide de l’agriculture aux nouvelles réalités climatiques, le Nord-Kivu risque de voir s’installer une crise alimentaire durable.

Face à cette situation, les réponses ne peuvent se limiter à des interventions ponctuelles. La priorité doit être de sécuriser durablement les producteurs afin qu’ils puissent accéder à leurs champs sans crainte, tout en protégeant les commerçants contre les tracasseries et les coûts excessifs qui alourdissent la chaîne d’approvisionnement. L’État, les autorités provinciales et les partenaires techniques devraient investir dans la réhabilitation des routes agricoles, le développement d’infrastructures de stockage, la mise en place de systèmes transparents de suivi des prix, l’accès au crédit agricole, la diffusion de semences résilientes au changement climatique et la promotion de pratiques agroécologiques. Une telle approche permettrait de soutenir la production tout en évitant que les consommateurs supportent seuls les conséquences de la hausse des prix.
L’avenir alimentaire de Goma dépendra de la capacité des décideurs à transformer cette alerte en véritable politique publique. Il ne s’agit pas de choisir entre les producteurs et les consommateurs, mais de construire un système alimentaire où chacun trouve sa place et sa sécurité. Une agriculture résiliente, des marchés mieux régulés, des investissements dans l’adaptation climatique et une gouvernance économique plus efficace constituent aujourd’hui les piliers d’une stabilité durable. À défaut de réformes profondes, la hausse actuelle des prix pourrait n’être que le prélude à une crise alimentaire et sociale plus grave, dont les premières victimes seraient les familles les plus modestes, déjà fragilisées par des années d’insécurité et de difficultés économiques.
Emmanuel Ndimwiza
Éditeur- Voix du Paysan