Voix du Paysan pour former et informer les citoyens : un engagement pour la justice sociale et climatique
Bangui, la capitale de la République centrafricaine, est soumise à un couvre-feu depuis plusieurs semaines, à l’approche des élections groupées prévues dans les mois à venir. Officiellement instaurée pour des raisons de sécurité, cette mesure exceptionnelle suscite un malaise croissant au sein de la population, qui dénonce des abus répétés de la part de certains éléments des forces de l’ordre.
Chaque soir à partir de 19 heures, des patrouilles militaires sillonnent les rues de la capitale. Ces contrôles, censés renforcer la sécurité, sont de plus en plus perçus comme des actes d’intimidation, voire de répression. Plusieurs habitants font état de comportements arbitraires : extorsions, violences, humiliations.
« J’ai pris une moto pour rentrer chez moi vers 20 heures. Sur le pont de Bamboula, des hommes en uniforme ont arrêté notre conducteur. Ils ont exigé ses papiers, puis lui ont demandé de l’argent », témoigne un résident sous anonymat. « J’ai trouvé cela profondément choquant. Jusqu’à quand serons-nous privés de notre liberté de circuler dans notre propre pays ? »

Les conducteurs de motos-taxis, particulièrement ciblés, affirment qu’il leur est désormais impossible de travailler après 20 heures, sous peine d’être arrêtés ou rackettés.
« Aujourd’hui, seuls les porteurs de tenue font le taxi la nuit. Leurs collègues ne les contrôlent pas. Nous, on se fait taxer illégalement, comme si ces agents n’étaient pas déjà payés par l’État », déplore l’un d’eux.
Dans les quartiers périphériques, comme Sakaï, situé derrière l’aéroport international, les témoignages sur les abus se multiplient. Plusieurs jeunes affirment avoir été soumis à des pratiques humiliantes : coupes de cheveux forcées, amendes imposées sans justification, ou contrôles excessifs. La présence militaire, censée garantir la sécurité, engendre désormais un climat de peur.
Un incident tragique a récemment ravivé les tensions. Un adolescent de 17 ans a été abattu par une patrouille dans le 6e arrondissement, à Kpéténé 5. Selon ses proches, il était simplement sorti chercher de la nourriture. À ce jour, aucune enquête officielle n’a été annoncée.
Face à cette situation, les appels à la responsabilité des autorités se multiplient.
« Nous appelons les autorités à garantir la sécurité de tous, mais aussi à respecter la liberté de circulation des citoyens. Un couvre-feu ne doit pas devenir un permis d’abuser de l’uniforme », affirme un habitant interrogé.
Dans une capitale où la peur semble désormais l’emporter sur la confiance, les Centrafricains attendent des réponses claires et des mesures concrètes pour restaurer l’autorité de l’État sans porter atteinte aux droits fondamentaux.
Roméo Silvère Doubalet
Journaliste – La Voix des sans voix