Voix du Paysan
Part 2 – Les Fausses Prophéties
Depuis la nuit des temps, l’or ne profite pas à celui qui se brûle les mains à le fondre sous une chaleur écrasante, mais bien au bijoutier qui lui donne une valeur émotionnelle.
Aujourd’hui, on vend aux Congolais l’idée que transformer les ressources naturelles sur place serait un tremplin économique pour eux. En réalité, cette vision est une chimère, savamment entretenue. Ces transformations seraient orchestrées par les mêmes multinationales étrangères qui exploitent déjà le Congo, car le pays manque cruellement de savoir-faire technique et de capital pour structurer ces initiatives par lui-même.
Le résultat ? Une couche supplémentaire dans la longue et triste histoire de l’exploitation économique, une farce économie politique qui ne ferait qu’augmenter les recettes de l’État et les profits des multinationales, sans jamais toucher positivement la vie des citoyens ordinaires, affirme Jo M. Sekimonyo
Prenons le système de sous-traitance, tel qu’il est pratiqué en RDC. Ce n’est pas simplement une mauvaise idée : c’est un crime contre la sécurité nationale et le sens profond de nationalisme. L’État, sous couvert de régulation, décide arbitrairement qui, parmi les élites, sera le « gagnant » ou le « perdant » de contrats juteux, tout en ouvrant une porte secrète aux étrangers pour détourner les maigres bénéfices censés revenir au peuple congolais. Ce n’est plus de l’incompétence ; c’est de la trahison institutionnalisée, un mécanisme bien huilé de dépossession.
Et que dire de cette fameuse notion de « gagnant-gagnant », si chère aux paresseux intellectuels ? Même dans un match de football, un match nul n’a jamais les mêmes implications pour les deux équipes. Une peut être écartée de la course au titre, tandis que l’autre peut y voir une opportunité de progression. Alors, croire qu’un partenariat entre une nation affaiblie et des multinationales puissantes pourrait être équilibré relève de la naïveté ou de la malhonnêteté.
Ces absurdités témoignent de manière accablante de la primitivité des élites congolaises en matière de concepts d’économie politique. Comment, au XXIe siècle, peut-on encore confondre la gestion stratégique des ressources nationales avec des braderies organisées au profit d’intérêts étrangers ? Avant de rêver de raffineries et de fonderies, il serait bien plus judicieux d’investir d’abord dans un cerveau collectif capable de comprendre que le véritable développement ne se résume pas à gonfler les recettes de l’État ou à hypertrophier une fonction publique inefficace, mais à moderniser la capacité des Congolais à participer activement aux secteurs à revenus élevés et aux industries stratégiques de l’économie mondiale. C’est de se concentrer sur la création d’un écosystème dynamique, où l’apprentissage et l’innovation sont au cœur des priorités, tout en offrant aux citoyens les moyens et les opportunités de prendre en main l’amélioration de leurs propres conditions de vie. Car le développement, ce n’est pas dépendre de ce que l’État donne, mais bâtir une société où chacun a les outils pour s’élever dans la chaîne de valeur globale.
Mais hélas, chez nous, on continue de porter des couronnes d’or tout en s’agenouillant devant ceux qui nous vendent les chaînes.
La Rédaction