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À Idjwi, la saison culturale revient avec la pluie, mais pas avec l’abondance. Pour beaucoup de paysans, trouver des semences relève désormais du parcours du combattant. Face à cette détresse silencieuse, Anny Muhindo a choisi d’agir.
À Idjwi, Anny Muhindo regarde la saison des pluies avec un autre regard : celui d’une fille d’agricultrice qui connaît le prix d’une poignée de haricots lorsque les greniers sont vides. Sur les collines de l’île, hommes, femmes, jeunes et vieux reprennent la houe, espérant transformer quelques semences en récolte. Mais derrière cette apparente routine agricole se cache une réalité brutale : la guerre, la longue saison sèche et les mauvaises récoltes ont fragilisé des familles déjà confrontées à la faim.
Pour Anny Muhindo, le drame ne s’arrête pas au manque de nourriture. Il commence bien avant, au moment où le paysan doit chercher les semences. Certains commerçants les accordent à crédit, mais à des conditions qui peuvent lourdement peser sur la prochaine récolte : cinq mesures de soja ou de haricot peuvent ainsi devenir sept et demie, voire dix mesures à rembourser. Anny Muhindo intervient précisément dans cette brèche où la pauvreté risque de transformer le paysan en débiteur permanent.

Parce qu’elle connaît cette souffrance, Anny Muhindo, vivant à Kinshasa, a choisi de soutenir notamment des personnes âgées, parmi les plus vulnérables. Son geste est simple, mais lourd de sens : des haricots et du soja pour permettre de semer, accompagnés de 10 dollars pour aider chaque bénéficiaire à traverser modestement la période des semis. Anny Muhindo ne prétend pas résoudre à elle seule la crise agricole d’Idjwi ; elle rappelle cependant qu’au milieu des difficultés, la solidarité peut encore empêcher certaines familles de tomber plus bas.
Le geste d’Anny Muhindo interpelle surtout ceux qui regardent la pauvreté rurale comme une fatalité. Que vaut une saison culturale si le paysan n’a pas les moyens de semer ? Que deviendra la prochaine récolte si les semences d’aujourd’hui sont déjà grevées par des intérêts exorbitants ? Et combien de personnes âgées devront encore choisir entre manger les dernières réserves du grenier et les conserver pour les semailles ? Avec son action, Anny Muhindo pose indirectement une question que les pouvoirs publics, les organisations de solidarité et les filles et fils d’Idjwi ne peuvent éluder : qui aidera le paysan à produire lorsqu’il n’a même plus de quoi semer ?

À travers Anny Muhindo, c’est finalement une autre semence qui mérite d’être cultivée : celle de la solidarité. Dans une île où la terre demeure l’un des derniers remparts contre la faim, aider un paysan à semer, c’est bien plus que donner quelques mesures de haricot ou de soja : c’est protéger une récolte, un repas, une famille et une dignité. Anny Muhindo a choisi de semer l’espoir. À ceux qui le peuvent désormais d’en faire autant.
Emmanuel Ndimwiza
Éditeur- Voix du Paysan