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Lékié : quand les déchets deviennent une affaire d’avenir

Voix du Paysan pour former et informer les citoyens : un engagement pour la justice sociale et climatique.

À Monatélé, Ursule Biloa Mvogo refuse de voir dans le plastique abandonné une fatalité. Elle y voit une matière première, un marché et surtout une chance d’autonomisation pour les femmes rurales.

Dans la Lékié, les bouteilles plastiques qui s’accumulent dans les champs, les rigoles et les villages racontent une autre histoire que celle du simple déchet. Entre les mains d’Ursule Biloa Mvogo, elles deviennent colliers, bracelets, boucles d’oreilles, pots de fleurs ou objets décoratifs. L’artisane a choisi de transformer ce qui encombre l’environnement en valeur économique. Une démarche qui rappelle une évidence trop souvent oubliée : l’économie circulaire commence là où l’on cesse de considérer les déchets comme inutiles.

Mais derrière chaque bijou recyclé se joue une bataille beaucoup plus grande. Celle de l’autonomie économique des femmes rurales. En formant des femmes à collecter, transformer et commercialiser les déchets plastiques, l’association Ngoan I Mbokani tente de faire émerger un entrepreneuriat vert ancré dans les communautés. Ici, protéger la nature ne signifie donc pas seulement nettoyer les villages : il s’agit aussi de créer des revenus, des compétences et une dignité économique. Pourquoi importer des solutions coûteuses quand une partie de la matière première dort déjà dans nos poubelles et nos rues ?

Encore faut-il donner aux bonnes idées les moyens de grandir. L’absence d’équipements adaptés, de bacs de collecte et de moyens de production limite aujourd’hui les ambitions de ces artisanes. Leur créativité ne manque pas ; c’est l’outillage qui fait défaut. Les pouvoirs publics, les collectivités, les entreprises et les partenaires du développement sont ainsi interpellés : combien de bouteilles faudra-t-il encore voir finir dans la nature avant de comprendre qu’elles peuvent aussi alimenter une économie locale ? Soutenir ces initiatives, c’est investir à la fois dans l’environnement, l’emploi et l’entrepreneuriat féminin.

La Lékié pourrait ainsi devenir un laboratoire de cette économie verte que l’Afrique cherche à construire : une économie où le déchet devient ressource, où la protection de l’environnement crée de la valeur et où les femmes ne sont plus seulement bénéficiaires des projets, mais actrices de la transformation. Installer des points de collecte, professionnaliser les ateliers, améliorer le design, structurer les circuits de commercialisation et connecter les artisanes aux marchés urbains permettraient de passer de quelques créations artisanales à une véritable filière locale de valorisation du plastique.

Ursule Biloa Mvogo ne transforme donc pas seulement des bouteilles : elle transforme un regard. Celui qui voyait hier un déchet découvre aujourd’hui une opportunité. Reste à savoir si les institutions et les investisseurs sauront, eux aussi, regarder autrement. Car dans les villages de la Lékié, l’avenir de l’économie verte pourrait bien ne pas commencer dans un grand bureau climatisé, mais dans les mains de femmes qui ramassent une bouteille abandonnée et décident d’en faire quelque chose de beau, d’utile et de rentable.

Emmanuel Ndimwiza
Éditeur- Voix du Paysan

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