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Bukavu en flammes : quand la ville brûle, l’urbanisme doit changer

Voix du Paysan pour former et informer les citoyens : un engagement pour la justice sociale et climatique

De Nyamyera à Buholo, les incendies à répétition ne sont plus de simples accidents domestiques : ils révèlent les fragilités d’une ville qui grandit sans toujours être suffisamment protégée.

À Nyamyera, après le camp Gilet Moke, sur le flanc droit de Buholo 2 et Buholo 4, des maisons sont parties en fumée, laissant derrière elles des familles désemparées et d’importants dégâts matériels. Depuis le début de septembre 2026, plusieurs quartiers de Bukavu ont été touchés par des incendies. À chaque fois, les flammes consument des maisons ; mais elles révèlent surtout les failles d’un système urbain qui semble courir derrière les catastrophes au lieu de les prévenir.

Car Bukavu ne peut plus considérer ces incendies comme une succession de malheureux incidents isolés. Une ville densément construite, marquée par des pentes, des ruelles étroites, une forte concentration de l’habitat et des difficultés d’accès pour les secours exige une politique de prévention à la hauteur de ses risques. Quand les camions de secours ne peuvent pas atteindre les maisons, quand les points d’eau sont insuffisants et quand les constructions se rapprochent dangereusement les unes des autres, le feu trouve son chemin plus vite que les secours.

Il faut donc changer de méthode. Les autorités urbaines devraient établir une cartographie des zones à haut risque, identifier les quartiers vulnérables, dégager progressivement des voies d’accès pour les véhicules anti-incendie et multiplier les points d’eau et équipements de première intervention. Des brigades communautaires formées à la prévention et à l’extinction des petits départs de feu pourraient être installées dans les quartiers, tandis que les écoles, marchés, églises et autres lieux très fréquentés devraient disposer de dispositifs élémentaires de sécurité incendie. L’aménagement urbain doit également intégrer des espaces de sécurité, des voies d’évacuation et des normes de construction adaptées aux réalités de Bukavu.

Mais prévenir les incendies suppose aussi de repenser l’urbanisation congolaise. Il ne suffit plus d’autoriser, construire puis constater les dégâts. Les plans d’urbanisme doivent être actualisés, les constructions exposées aux risques mieux encadrées et les contrôles effectués avant, pendant et après les travaux. Cela implique également de renforcer les services techniques municipaux, de sensibiliser les propriétaires et locataires aux risques domestiques, et de mettre en place un système public de collecte des données sur les incendies afin d’en identifier les causes récurrentes et les quartiers les plus exposés.

Bukavu ne demande pas seulement qu’on éteigne ses incendies : elle demande qu’on empêche qu’ils deviennent une fatalité. Chaque maison détruite est une histoire familiale brisée, une économie domestique anéantie, parfois des années d’efforts réduites en cendres. Les flammes de Nyamyera, de Buholo et d’ailleurs doivent donc devenir un signal d’alarme pour toute la République : construire une ville résiliente n’est pas un luxe d’urbanistes, mais une obligation de protection des citoyens. Aux autorités urbaines de choisir désormais entre réparer après chaque catastrophe et investir enfin dans une ville capable de prévenir, de résister et de protéger.

Emmanuel Ndimwiza
Éditeur- Voix du Paysan

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