Voix du Paysan pour former et informer les citoyens : un engagement pour la justice sociale et climatique.
La disparition inexpliquée du journaliste Moussa Kaka, introuvable depuis le 31 août à Niamey, ravive les inquiétudes sur le sort de la presse dans un Niger où l’espace médiatique s’est dangereusement rétréci.
Depuis qu’il a quitté son bureau lundi soir pour regagner son domicile, Moussa Kaka semble s’être volatilisé entre deux points de la capitale nigérienne. Son véhicule demeure introuvable, sa famille sans réponse et ses confrères suspendus à la moindre information. Dans ce silence qui s’étire, les hypothèses circulent, mais les faits manquent. Et lorsqu’un journaliste disparaît sans explication, le silence des autorités devient lui-même une source d’inquiétude.
Moussa Kaka n’est pourtant pas un inconnu. Depuis plus de trente ans, il raconte le Niger, ses soubresauts politiques, ses crises et ses blessures. Ancien correspondant de RFI et aujourd’hui directeur général du groupe Saraounia, il connaît aussi les risques du métier : arrêté en 2007 dans le contexte de la rébellion touarègue, il avait passé de longs mois en détention avant d’être libéré en 2008. Son parcours rappelle une vérité que les démocraties ne devraient jamais oublier : informer peut être difficile, mais cela ne doit jamais devenir un crime.
Sa disparition intervient surtout dans un climat où la presse nigérienne avance désormais sur une ligne de crête.
Depuis le coup d’État de juillet 2023, les contraintes sécuritaires et judiciaires pèsent davantage sur les professionnels de l’information, particulièrement lorsqu’ils abordent les sujets politiques ou sécuritaires. À force de confondre journalisme et menace, le pouvoir risque de faire du journaliste non plus un témoin nécessaire, mais un suspect permanent. C’est précisément cette dérive qui mérite aujourd’hui d’être regardée en face.
Les autorités nigériennes doivent donc sortir du silence. Il ne s’agit pas d’accréditer une hypothèse avant qu’elle ne soit établie, encore moins d’alimenter les rumeurs. Il s’agit d’une exigence élémentaire : retrouver Moussa Kaka, établir les circonstances de sa disparition et informer sa famille comme l’opinion publique. S’il a été interpellé, il faut le dire. S’il ne l’a pas été, il faut également le dire. Un État ne peut demander aux citoyens de croire à sa capacité de protéger lorsqu’il reste silencieux face à la disparition inexpliquée de l’un d’entre eux.
Au-delà du sort d’un homme, c’est celui de la liberté de la presse qui se joue. Depuis trois décennies, Moussa Kaka a été celui qui posait les questions. Aujourd’hui, c’est son absence qui les pose au Niger. Où est-il ? Qui l’a vu pour la dernière fois ? Que lui est-il arrivé ? Ces questions exigent des réponses, et vite. Car dans une démocratie, la vérité ne devrait jamais être une information clandestine. Et lorsqu’un journaliste disparaît, c’est toute la société qui retient son souffle.
Emmanuel Ndimwiza
Éditeur- Voix du Paysan