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Tchad-Soudan : le dangereux jeu d’équilibriste de Mahamat Kaka

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Sous la pression présumée d’Abou Dhabi et face aux réticences d’une partie de son armée, le pouvoir tchadien se retrouve au cœur d’un conflit soudanais qui menace de déborder les frontières.

La guerre du Soudan n’est plus seulement une tragédie qui se joue de l’autre côté de la frontière. Elle semble désormais pousser ses ramifications jusque dans les couloirs du pouvoir tchadien. Selon les informations rapportées par Tchad-Web-Médias, les Émirats arabes unis exerceraient une pression sur Mahamat Idriss Déby Itno, dit Mahamat Kaka, afin qu’il engage l’armée tchadienne aux côtés des Forces de soutien rapide (FSR) de Mohamed Hamdan Dagalo, alias Hemeti. Une perspective explosive dans un pays où une partie de la hiérarchie militaire rechignerait à franchir ce Rubicon.

Car derrière cette bataille d’influences se profile une question autrement plus grave : jusqu’où N’Djamena est-il prêt à aller pour préserver ses alliances régionales ? Le Tchad partage avec le Soudan une frontière déjà meurtrie par les trafics, les déplacements de populations et les violences armées. Y envoyer officiellement ou officieusement des troupes reviendrait à transformer une frontière fragile en véritable ligne de front. Et les généraux qui, selon ces informations, tenteraient de dissuader Mahamat Kaka de s’engager ne seraient pas seulement en train de défendre une prudence militaire : ils mesureraient probablement le prix politique et sécuritaire d’une telle décision.

Pendant ce temps, Hemeti apparaît de plus en plus sous pression face aux forces du général Abdel Fattah al-Burhan. Les affrontements ont déjà transformé le Soudan en champ de ruines, et chaque soutien extérieur risque désormais de prolonger la guerre plutôt que de rapprocher les protagonistes d’une sortie de crise. Les accusations faisant état de bombardements de convois destinés aux FSR, y compris à proximité ou sur le territoire tchadien, illustrent surtout une réalité inquiétante : la guerre soudanaise menace de perdre définitivement son caractère national pour devenir une confrontation régionale par procuration.

Pour N’Djamena, le piège est donc redoutable. Se rapprocher davantage des FSR pourrait offrir des avantages diplomatiques ou stratégiques à court terme, mais exposerait le Tchad à des représailles, à une fracture au sein de son appareil militaire et à une implication directe dans une guerre dont l’issue demeure incertaine. Refuser, en revanche, pourrait contrarier certains partenaires extérieurs dont l’influence sur les équilibres sécuritaires du Sahel et de la région est considérable. Mahamat Kaka se retrouve ainsi face à un choix qui dépasse largement sa propre personne : celui de savoir si le Tchad entend être acteur d’une guerre étrangère ou gardien de sa propre stabilité.

L’heure n’est donc plus aux calculs à courte vue. Le Tchad n’a aucun intérêt à devenir le prolongement militaire des ambitions des autres puissances. Dans une région déjà ravagée par les conflits, les frontières poreuses et les rivalités géopolitiques, chaque soldat envoyé de l’autre côté peut être le prélude à une crise de l’autre côté du retour. Mahamat Kaka devra mesurer le poids de sa décision : entrer dans la guerre soudanaise pourrait être facile ; en sortir, sans déchirer davantage le Tchad, pourrait s’avérer autrement plus difficile.

Emmanuel Ndimwiza
Éditeur- Voix du Paysan

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