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Un feu de brousse ravage une partie du parc national de Kahuzi-Biega. Au-delà des flammes, c’est un patrimoine écologique mondial qui vacille et une question essentielle qui s’impose : qui est responsable ?
Au Parc national de Kahuzi-Biega, le feu ne brûle pas seulement des herbes et des arbres. Il dévore un morceau de biodiversité parmi les plus précieuses de la République démocratique du Congo. Signalé dans le secteur de Musenyi, sur les collines de Taxi, Munyaweelyi, Chamatembe et Lufuu, l’incendie fait planer la menace d’une destruction dont les conséquences pourraient dépasser largement les limites de la zone touchée.
Pour l’heure, l’origine du sinistre demeure inconnue. Des informations recueillies localement évoquent la possible implication d’éléments de groupes armés, mais cette hypothèse n’est pas établie. Dans une région où les rumeurs peuvent rapidement se transformer en accusations, la prudence s’impose. Mais la prudence ne doit surtout pas devenir un prétexte à l’inaction. Chaque heure gagnée par les flammes peut représenter des hectares perdus pour la forêt et des habitats détruits pour la faune.
L’urgence est donc double : éteindre le feu et établir la vérité. Les autorités administratives, les services de conservation, les autorités coutumières et les communautés riveraines doivent unir leurs efforts pour contenir rapidement la progression des flammes, sans exposer les populations au danger. Mais cette intervention doit être accompagnée d’une évaluation rigoureuse des dégâts afin de savoir ce qui a été détruit et mesurer l’impact sur les écosystèmes.
Surtout, une enquête indépendante et sérieuse doit être ouverte sans délai. Elle devra déterminer l’origine du feu, reconstituer les circonstances de son déclenchement, identifier les éventuels responsables et, le cas échéant, permettre que ceux-ci répondent de leurs actes devant la justice. S’il s’avère que l’incendie a été provoqué délibérément, il ne saurait être considéré comme un simple fait divers : s’attaquer volontairement au PNKB, c’est s’attaquer à un patrimoine qui appartient aux générations présentes et futures.
Car le Kahuzi-Biega n’a pas seulement besoin de discours sur la conservation. Il a besoin d’actes, de vigilance et de responsabilité. Une forêt qui brûle dans le silence finit toujours par devenir une forêt que l’on pleure trop tard. À Kalehe, l’heure n’est donc ni aux spéculations ni à l’attentisme : elle est à l’intervention, à l’enquête et à la reddition des comptes.
Emmanuel Ndimwiza
Éditeur- Voix du Paysan
Kahuzi-Biega en flammes : quand le silence menace aussi la forêt