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RDC : partir à la retraite sans être sacrifié, le défi des 300 000 agents publics

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Le vieillissement de l’administration congolaise n’est plus une simple anomalie statistique. Derrière les chiffres, il y a des carrières achevées, des droits accumulés et une génération de jeunes fonctionnaires qui attendent leur tour. Réformer, oui. Mais sans transformer la retraite en nouvelle injustice sociale.

Plus de 300 000 agents et fonctionnaires de l’État auraient atteint ou dépassé l’âge statutaire de la retraite. Certains seraient septuagénaires, octogénaires, voire nonagénaires, encore derrière les bureaux de l’administration. Le constat est aussi spectaculaire qu’embarrassant : une administration qui peine à se renouveler finit par immobiliser ceux qui devraient la faire entrer dans son époque. Le président Félix Tshisekedi veut donc accélérer le mouvement. L’urgence est réelle, mais elle ne saurait justifier une réforme brutale.

Car derrière chaque dossier de retraite se trouve un être humain. Des décennies de service public ne peuvent se terminer par une lettre administrative, un solde de tout compte incertain et une pension qui tarde à arriver. Mettre à la retraite sans payer les indemnités de fin de carrière, sans garantir la pension et sans assurer un minimum de sécurité économique reviendrait à demander à ceux qui ont servi l’État de payer eux-mêmes le prix de ses propres défaillances. La dignité des retraités doit être le premier indicateur de réussite de cette réforme.

Le gouvernement doit donc sortir de la logique des départs ponctuels et improvisés pour construire un véritable système permanent, prévisible et transparent. Le financement innovant évoqué par le chef de l’État ne doit pas devenir un simple slogan. La mobilisation des banques, la valorisation prudente des réserves de sécurité sociale et les mécanismes de financement envisagés doivent être encadrés, contrôlés et orientés vers une seule finalité : garantir aux retraités ce qui leur est dû, sans fragiliser demain la protection sociale des agents encore en activité.

Cette réforme est également une question de justice entre générations. Une administration vieillissante ferme mécaniquement des portes aux jeunes diplômés et aux nouveaux agents, alors même que le pays a besoin de compétences nouvelles, de numérique, d’innovation et d’une culture administrative davantage tournée vers le citoyen. Mais rajeunir ne signifie pas remplacer les anciens comme on remplace une machine usée. Il faut organiser la transmission des savoirs, valoriser l’expérience et permettre aux générations de se succéder sans que les unes soient humiliées au profit des autres.

La RDC a donc devant elle bien plus qu’une opération de mise à la retraite : elle doit réussir une transition humaine de son administration. L’État ne sera pas jugé seulement sur le nombre d’agents sortis de ses effectifs, mais sur la manière dont il aura traité ceux qui ont consacré leur vie à son service. Une République digne de ce nom ne doit pas choisir entre efficacité administrative et justice sociale. Elle doit être capable de faire les deux : ouvrir la porte aux jeunes sans claquer celle de la dignité au nez de ses anciens.

Emmanuel Ndimwiza
Éditeur- Voix du Paysan

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