×
Logo en chargement
CHARGEMENT...

Ebola en RDC : cent jours de crise, et toujours pas de sursaut

Voix du Paysan pour former et informer les citoyens : un engagement pour la justice sociale et climatique.

Après cent jours, l’épidémie d’Ebola n’est plus seulement une urgence sanitaire : elle est devenue un test grandeur nature de la capacité de l’État congolais à anticiper, coordonner et protéger.

Cent jours. 5 375 cas confirmés. 2 557 morts. Six provinces et près de 55 zones de santé touchées. Derrière ces chiffres vertigineux, il y a des familles endeuillées, des communautés traumatisées et une machine sanitaire qui court encore derrière un virus dont la progression semble avoir pris de vitesse la riposte. Le symbole est terrible : la RDC, pourtant familière des épidémies d’Ebola, n’a pas réussi cette fois à contenir rapidement le feu.

Le changement de souche — du Zaïre, mieux connu des équipes congolaises, au Bundibugyo — explique une partie de cette vulnérabilité. Mais il ne saurait tout expliquer. Une épidémie qui s’étend sur six provinces interroge forcément la surveillance épidémiologique, la détection précoce, la circulation de l’information et la capacité à transformer les alertes communautaires en décisions immédiates. L’habitude ne doit jamais devenir une illusion de maîtrise.

L’argent, lui, ne semble pas manquer sur le papier. Près d’un milliard de dollars de promesses auraient été mobilisés par les partenaires, dont environ 700 millions déjà inventoriés par Africa CDC. Mais l’argent d’une riposte ne soigne personne tant qu’il reste dans les annonces, les mécanismes administratifs ou les circuits de financement. Il doit atteindre les centres de traitement, les agents de santé, les communautés, les ONG et tous ceux qui affrontent quotidiennement le virus sur le terrain.

C’est ici que la responsabilité politique devient incontournable. Une riposte efficace ne peut être une juxtaposition de partenaires, de programmes et de conférences de presse. Elle exige un commandement clair, une transparence financière rigoureuse, une coordination quotidienne et une stratégie qui place les communautés au cœur de la réponse. Le gouvernement doit rendre compte de chaque ressource mobilisée et de chaque retard constaté. Face à Ebola, la bureaucratie n’est pas une faiblesse : elle peut devenir un facteur de mortalité.

Cent jours après le début officiel de l’épidémie, le temps n’est donc plus aux autoportraits flatteurs de la riposte. Il est à l’urgence, à la lucidité et à la reddition des comptes. La RDC ne peut pas continuer à découvrir ses épidémies lorsqu’elles ont déjà franchi les frontières des zones de santé. Elle doit investir dans la prévention, la surveillance, les laboratoires, les infrastructures et surtout la confiance des populations. Car vaincre Ebola ne consiste pas seulement à combattre un virus : c’est démontrer qu’un État peut voir venir le danger, agir à temps et ne laisser personne mourir faute d’organisation.

Emmanuel Ndimwiza
Éditeur- Voix du Paysan

Partager

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

×