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Pétrole : la RDC peut-elle forer son avenir sans détruire son patrimoine ?

Voix du Paysan pour former et informer les citoyens : un engagement pour la justice sociale et climatique.

Entre souveraineté énergétique et urgence écologique, Kinshasa veut accélérer la coopération pétrolière avec l’Ouganda et l’Angola. Mais derrière les promesses de recettes et d’industrialisation se profile une question essentielle : quel prix la RDC est-elle prête à payer pour extraire son pétrole ?

Le pétrole revient au cœur de l’agenda de Kinshasa, avec une ambition assumée : mieux exploiter les ressources du lac Albert, relancer la Zone d’intérêt commun avec l’Angola et dresser la carte complète du potentiel national. Sur le papier, le calcul paraît implacable : plus d’investissements, plus de production, plus de recettes. Mais dans un pays où les forêts, les lacs, les rivières et les terres nourrissent encore des millions de familles, le sous-sol ne peut être considéré comme une simple réserve financière. La richesse qui dort sous la terre ne doit pas devenir la pauvreté qui s’installe à sa surface.

Car l’exploitation pétrolière n’est jamais neutre pour la biodiversité. Dans les zones lacustres, forestières et côtières, les infrastructures, les forages, les routes, les oléoducs et les activités industrielles peuvent fragmenter les habitats, polluer les eaux et bouleverser les écosystèmes. Au lac Albert comme dans les espaces riverains, la question dépasse donc les frontières administratives : elle touche aux poissons, aux terres agricoles, aux forêts, à la faune et à toutes ces économies locales souvent invisibles dans les tableaux de rentabilité. Détruire un écosystème, c’est parfois supprimer en silence le garde-manger, le revenu et l’avenir d’une communauté.

Le président Félix Tshisekedi rappelle, à juste titre, la souveraineté permanente de l’État sur ses ressources et la nécessité de protéger les communautés. Mais la souveraineté ne saurait se résumer au droit de forer. Elle implique aussi le devoir de préserver ce qui appartient aux générations présentes et futures. À quoi servirait une production pétrolière en hausse si, dans le même temps, des pêcheurs perdaient leurs zones de pêche, des agriculteurs leurs terres, des communautés leurs moyens de subsistance et des espèces leurs derniers refuges ? La véritable souveraineté consiste aussi à savoir dire non lorsque le coût écologique et social devient supérieur au bénéfice économique.

L’inventaire annoncé du secteur des hydrocarbures doit donc être autre chose qu’un catalogue de blocs, de permis et de réserves. Il devrait intégrer le coût réel des projets : émissions de carbone, risques de pollution, impacts sur la biodiversité, droits fonciers, déplacement des populations, compensation des communautés et capacité de l’État à contrôler effectivement les opérateurs. Avant de transformer les hydrocarbures en « levier d’industrialisation », Kinshasa doit démontrer que cette industrialisation ne sera pas bâtie sur les ruines écologiques et sociales des territoires concernés. Le développement ne peut être durable s’il commence par détruire les conditions mêmes de la vie.

La RDC a le droit de défendre ses intérêts économiques avec l’Ouganda et l’Angola. Mais elle a surtout le devoir de défendre son patrimoine naturel contre une logique extractive qui, ailleurs, a trop souvent promis la prospérité et laissé derrière elle pollution, dépendance et communautés sacrifiées. Le pétrole peut remplir des caisses ; les forêts, les lacs et la biodiversité, eux, font vivre des peuples. Kinshasa doit donc choisir : exploiter le sous-sol à tout prix, ou construire une souveraineté qui protège aussi la vie au-dessus du sol. Car un baril supplémentaire ne remplacera jamais une forêt détruite, un lac empoisonné ou un moyen de subsistance perdu.

Emmanuel Ndimwiza
Éditeur- Voix du Paysan.

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