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Le décès du Dr Charles Munyumu rappelle une vérité brutale : dans la lutte contre Ebola, sauver des vies exige aussi de protéger et de respecter ceux qui les sauvent.
La RDC connaît Ebola depuis des décennies, de Kikwit à l’Équateur, de Beni à Butembo. Au fil des flambées, le pays a construit une expertise remarquable : centres de traitement, surveillance épidémiologique, vaccination lorsque les outils existent, équipes de riposte et mobilisation communautaire. Mais derrière les statistiques et les protocoles, il y a des femmes et des hommes qui affrontent le virus au plus près. La disparition du Dr Charles Munyumu, seul neurochirurgien basé à Butembo, rappelle tragiquement le prix humain de cette bataille.
Son parcours, du Sénégal à la France avant son retour à Butembo, incarnait cette médecine qui choisit de servir là où les besoins sont les plus criants. Sa mort ne prive pas seulement une famille ou un hôpital d’un médecin d’exception : elle prive toute une région d’une compétence rare. Lorsqu’une épidémie emporte un soignant spécialisé, c’est tout un pan du système de santé qui vacille. Et dans une région déjà fragilisée, chaque professionnel perdu laisse un vide difficilement mesurable.
Face à Ebola, le temps n’est plus aux forces dispersées. État, partenaires techniques et financiers, médecins, infirmiers, chercheurs, communautés, organisations de la société civile et médias doivent coaliser leurs moyens, leurs savoirs et leurs responsabilités. Mais cette coalition ne peut être crédible si ceux qui sont en première ligne travaillent dans la précarité. On ne peut pas demander à un agent de santé de risquer sa vie pour sauver celle des autres tout en lui refusant une rémunération digne, régulière et proportionnelle au danger qu’il affronte.
La mort du Dr Munyumu devrait donc dépasser le registre de l’émotion. Elle doit ouvrir celui de la responsabilité. Protéger les soignants, c’est protéger le système de santé ; leur garantir des salaires adéquats, c’est investir dans la riposte ; les équiper et les accompagner, c’est défendre la population. Ebola ne se combat pas seulement avec des médicaments et des protocoles : il se combat avec une chaîne humaine solide, justement rémunérée et suffisamment protégée pour tenir debout lorsque la peur gagne du terrain.
Emmanuel Ndimwiza
Éditeur- Voix du Paysan
Quand Ebola emporte ceux qui soignent