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Au Kwango, une correspondance ministérielle fait surgir une question qui dépasse les querelles de cabinet : comment garantir la santé des populations lorsque l’institution chargée de la protéger peine elle-même à fonctionner ?
Le courrier du Dr Apollinaire Yumba Tiabakwau, ministre provincial de la Santé, de l’Hygiène, de la Prévoyance sociale, des Affaires sociales et des Personnes vivant avec handicap, adressé au gouverneur du Kwango, ressemble moins à une simple plainte administrative qu’à un signal d’alarme. Depuis sa prise de fonctions en août 2024, affirme-t-il, les moyens nécessaires au fonctionnement régulier de son cabinet ne lui auraient pas été alloués. Selon les éléments contenus dans sa correspondance, un seul décaissement destiné au fonctionnement de son ministère serait intervenu en octobre 2024, à hauteur de 1 million de francs congolais. Derrière cette somme, presque dérisoire au regard des responsabilités confiées à un ministère de la Santé, se dessine une interrogation autrement plus grave : peut-on demander à une administration sanitaire de protéger une population sans lui donner les moyens élémentaires de son action ?
Le Dr Apollinaire Yumba Tiabakwau pose ainsi, volontairement ou non, la question centrale de toute politique sanitaire : la santé publique ne se résume ni aux discours, ni aux cérémonies officielles, ni aux statistiques brandies dans les rapports. Elle exige des médicaments, des infrastructures, des personnels motivés, des moyens de déplacement, des mécanismes de supervision et, surtout, une administration capable de décider et d’agir. Lorsqu’un ministre provincial chargé de la santé dit ne pas disposer régulièrement des moyens de fonctionnement de son cabinet, ce n’est pas seulement son confort administratif qui est en cause. C’est toute la chaîne de responsabilité qui risque de se fissurer, depuis le bureau du décideur jusqu’au centre de santé le plus éloigné. Et dans une province où les besoins sociaux sont immenses, chaque paralysie institutionnelle peut finir par se traduire en retard de soins, en renoncement thérapeutique ou en vies fragilisées.

Il serait pourtant trop facile de réduire l’affaire à un affrontement entre le Dr Apollinaire Yumba Tiabakwau et le gouverneur provincial. Le véritable enjeu est plus vaste : il concerne la crédibilité de l’Exécutif provincial et sa capacité à transformer les compétences constitutionnelles et légales en services publics réellement accessibles. Une province ne peut prétendre placer la santé au cœur de son action si son ministère de la Santé fonctionne au ralenti faute de moyens clairement identifiés, programmés et exécutés. Cette correspondance doit donc être l’occasion d’un examen de conscience institutionnel : quels crédits ont été prévus ? Quels montants ont été effectivement décaissés ? Quels mécanismes de contrôle existent ? Et surtout, pourquoi les populations devraient-elles payer le prix des dysfonctionnements administratifs qui ne relèvent pas de leur responsabilité ?
Au Kwango, le cri d’alerte du Dr Apollinaire Yumba Tiabakwau devrait être entendu non comme une querelle de personnes, mais comme une invitation à remettre la santé publique à sa place : au sommet des priorités. Car une administration sanitaire sans moyens ressemble à un hôpital sans oxygène : elle peut conserver ses murs, ses enseignes et ses responsables, mais elle peine à accomplir sa mission vitale. L’heure n’est donc ni aux règlements de comptes ni au silence administratif. Elle est à la transparence, à la clarification des responsabilités et à la mobilisation effective des ressources. Le Kwango n’a pas besoin d’un ministère de la Santé qui existe sur le papier ; il a besoin d’une institution qui respire, qui agit et qui sauve.
Emmanuel Ndimwiza
Éditeur- Voix du Paysan