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Derrière une lettre ouverte adressée à la ministre de la Jeunesse se dessine un débat qui dépasse les personnes : celui de la représentation politique, de la vérité institutionnelle et du destin démocratique d’un pays confronté à ses fractures les plus profondes.
Lorsque Jedidia Mabela choisit d’intituler sa lettre par ces mots simples — « Non, je ne le veux pas » —, il ne signe pas seulement un désaccord avec une initiative gouvernementale. Il pose un acte politique au sens le plus noble du terme : celui d’un citoyen qui rappelle qu’une Constitution n’est jamais un simple instrument de circonstance, mais le pacte fondateur d’une nation. À travers une argumentation nourrie de références juridiques, d’observations personnelles et d’une interrogation constante sur la légitimité démocratique, Jedidia Mabela refuse que la jeunesse congolaise soit invoquée comme une entité uniforme sans que sa parole ait réellement été recueillie. Son texte transforme ainsi une polémique en une question fondamentale : qui parle véritablement au nom de la jeunesse de la République démocratique du Congo ?
Là réside sans doute la force du plaidoyer de Jedidia Mabela. Son propos ne consiste pas à nier le droit de débattre d’une réforme constitutionnelle ; il conteste la méthode, le récit et la représentation qui l’accompagnent. En rappelant que les difficultés de la jeunesse relèvent moins d’une insuffisance des textes que de leur application défaillante, il renvoie la classe politique à ses propres responsabilités. Son analyse met en lumière une réalité que beaucoup préfèrent contourner : les constitutions échouent rarement par manque de dispositions généreuses, mais bien parce que les institutions chargées de les faire vivre renoncent à leur esprit. Sous sa plume, la question constitutionnelle cesse d’être technique pour devenir profondément morale.
Mais Jedidia Mabela va plus loin encore lorsqu’il invite la ministre à distinguer la fidélité à une majorité politique de la responsabilité envers toute une génération. Dans un pays où une partie du territoire demeure meurtrie par les violences armées et l’occupation de groupes rebelles, il suggère que l’urgence nationale ne réside pas dans la réécriture des fondements juridiques de l’État, mais dans la restauration de son autorité, de son unité et de la confiance des citoyens. Son appel à dépolitiser le ministère de la Jeunesse prend alors la forme d’un avertissement : aucune réforme institutionnelle ne peut durablement prospérer lorsqu’elle naît dans un climat de suspicion et de fractures.
Au-delà de la controverse, Jedidia Mabela rappelle une vérité souvent oubliée dans les démocraties fragiles : les grandes nations ne se consolident ni par les slogans ni par les démonstrations de force, mais par la crédibilité de leurs institutions et la sincérité du dialogue entre gouvernants et gouvernés. Sa lettre, qu’on la partage ou qu’on la conteste, oblige chacun à revenir à l’essentiel : la Constitution n’est pas l’héritage d’un pouvoir, mais celui de tout un peuple. Dans une République où l’histoire s’écrit encore sous la menace des armes autant que sous le poids des espérances, cette interpellation résonne comme un rappel salutaire : l’avenir du Congo ne pourra être construit qu’à partir de la vérité, de la confiance et du respect de la parole citoyenne.
Emmanuel Ndimwiza
Éditeur- Voix du Paysan