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À Mongbwalu, la colère des agents de la riposte contre Ebola révèle une faille dangereuse : on ne peut exiger un engagement sans faille face à une épidémie tout en laissant ceux qui la combattent dans l’incertitude sociale et financière.
Ils étaient en première ligne lorsque le virus a frappé. Ils ont franchi les portes des centres de traitement, parcouru les communautés à risque et affronté chaque jour la peur de la contamination. Pourtant, à Mongbwalu, ces femmes et ces hommes de la riposte contre Ebola se retrouvent aujourd’hui à manifester pour réclamer trois mois de salaires impayés. Leur colère n’est pas seulement celle d’agents oubliés par l’administration ; elle est le symptôme d’un malaise plus profond dans la gestion des urgences sanitaires en République démocratique du Congo.
Dans une épidémie où la confiance des communautés constitue une arme aussi importante que les médicaments, fragiliser les équipes de terrain revient à affaiblir toute la chaîne de riposte. Comment convaincre les populations d’adopter les mesures de prévention, de signaler les cas suspects et de collaborer avec les services de santé si ceux qui portent ce message vivent eux-mêmes dans la précarité ? La lutte contre Ebola ne peut être réduite à des chiffres de cas, de guérisons ou de décès : elle repose avant tout sur des femmes et des hommes dont la motivation dépend aussi de la reconnaissance de leur travail.
La situation de Mongbwalu interpelle également les responsables de la riposte et les partenaires impliqués. Le recours à la force pour disperser une manifestation d’agents sanitaires engagés dans la protection collective ne saurait constituer une réponse durable. L’urgence est désormais au dialogue, à la transparence et au règlement rapide des engagements financiers. Car derrière ces revendications salariales, c’est la crédibilité même de la réponse sanitaire qui est en jeu.
Alors que l’Ituri affronte une nouvelle bataille contre Ebola, le pays ne peut se permettre une fracture entre ceux qui combattent la maladie et ceux qui coordonnent la riposte. Les agents de terrain ne demandent pas des privilèges, mais simplement le respect d’un contrat moral et professionnel. À Mongbwalu, leur cri d’alarme rappelle une vérité essentielle : dans une guerre contre un virus, abandonner les combattants de première ligne, c’est déjà donner du terrain à l’ennemi invisible.
Emmanuel Ndimwiza
Éditeur- Voix du Paysan
Ebola en Ituri : quand les héros de la riposte attendent leur dû