Voix du Paysan pour former et informer les citoyens : un engagement pour la justice sociale et climatique
À Cotonou, les mouvements sociaux ne viennent pas seulement débattre de la gouvernance des ressources naturelles. Ils posent une question plus fondamentale : qui décidera enfin du destin de l’Afrique, ses peuples ou les intérêts qui exploitent ses richesses ?
Le 17ᵉ Forum social mondial, prévu à Cotonou en 2026, s’annonce comme un rendez-vous politique majeur où convergeront mouvements citoyens, organisations paysannes, syndicats, défenseurs des droits humains et acteurs de la justice climatique. Derrière le slogan d’« un autre monde est possible », c’est une Afrique confrontée à la multiplication des crises – conflits armés, dérèglement climatique, accaparement des terres, exploitation des ressources et inégalités – qui cherche à redéfinir les bases de son avenir. Le choix du thème consacré à la gouvernance des ressources naturelles traduit une évidence : le continent demeure immensément riche, mais ses populations continuent d’en payer le prix plutôt que d’en récolter les bénéfices.
Le paradoxe africain n’a jamais été aussi frappant. Des minerais stratégiques de la République démocratique du Congo aux hydrocarbures du golfe de Guinée, des forêts du bassin du Congo aux terres agricoles du Sahel, les ressources abondent tandis que la pauvreté, les déplacements forcés et les violences persistent. Cette contradiction nourrit une colère sociale qui dépasse désormais les frontières nationales. Les mobilisations citoyennes rappellent que la question n’est plus seulement celle de la croissance économique, mais celle de la justice, de la souveraineté populaire et du partage équitable des richesses. Sans une gouvernance transparente et responsable, aucune transition écologique ni aucun développement durable ne pourront être crédibles.
Le Forum social mondial de Cotonou devra donc éviter le piège des déclarations sans lendemain. Son véritable succès se mesurera à sa capacité à transformer les revendications en dynamiques politiques, à renforcer les alliances entre les peuples africains et à faire entendre une voix indépendante sur la scène internationale. Car si un autre monde est réellement possible, il ne naîtra ni des promesses diplomatiques ni des seuls sommets internationaux, mais de la volonté des citoyens d’imposer une gouvernance fondée sur la justice sociale, la paix et la dignité. C’est à cette condition que l’Afrique cessera d’être le continent des ressources convoitées pour devenir celui des peuples souverains.
Emmanuel Ndimwiza
Éditeur- Voix du Paysan.