×
Logo en chargement
CHARGEMENT...

Virunga et le lac Édouard : lorsque la loi parle, les intérêts doivent se taire — pour que la gouvernance des aires protégées échappe aux confusions administratives et aux influences politiques

Voix du Paysan pour former et informer les citoyens : un engagement pour la justice sociale et climatique.

Au cœur de la République démocratique du Congo se joue une bataille qui dépasse largement le seul débat sur les permis de pêche, les plaques d’immatriculation ou les compétences administratives. C’est la crédibilité même de l’État de droit environnemental qui est aujourd’hui interpellée. La correspondance adressée par l’ACEDH à la Ministre d’État en charge de l’Environnement, avec ampliation au Président de la République, au Président de l’Assemblée nationale, à la Première Ministre, aux présidents de la Cour constitutionnelle et du Conseil d’État, aux ministres concernés, à l’Institut Congolais pour la Conservation de la Nature (ICCN), à l’UNESCO, à la Délégation de l’Union européenne, au Gouverneur militaire du Nord-Kivu, aux autorités provinciales, aux administrateurs des territoires de Beni et Lubero, à la direction du Parc national des Virunga, à la COOPEVI ainsi qu’à la presse, constitue bien plus qu’un recours administratif. Elle sonne comme un rappel solennel : la conservation ne peut être gouvernée par l’émotion, les rapports approximatifs ou les calculs politiques, mais uniquement par la Constitution, la loi et les engagements internationaux de la RDC. Lorsqu’une aire protégée est fragmentée par des interprétations contradictoires, ce ne sont pas seulement les institutions qui s’affaiblissent ; c’est l’ensemble du patrimoine naturel national qui devient vulnérable.

Le Parc national des Virunga n’est pas un espace administratif ordinaire. Il représente un patrimoine écologique d’une valeur universelle exceptionnelle, reconnu au niveau mondial, dont le lac Édouard constitue l’une des composantes vitales. Vouloir opposer les eaux du lac à l’espace terrestre du parc reviendrait à nier l’unité écologique qui fonde toute politique moderne de conservation. Les textes juridiques congolais, notamment la Constitution et la législation relative à la conservation de la nature, rappellent que les aires protégées doivent être gérées comme des ensembles cohérents. Dans cette logique, la mission confiée à l’ICCN dépasse la simple surveillance des espèces ; elle englobe la préservation de l’intégrité écologique de l’ensemble du parc, y compris ses écosystèmes aquatiques. Cette responsabilité n’efface nullement les autres administrations sectorielles, mais elle affirme qu’au sein d’une aire protégée, les impératifs de conservation constituent le cadre dans lequel toute activité humaine doit être organisée. Cette lecture mérite d’être examinée avec sérénité afin d’éviter que des informations incomplètes, des intérêts particuliers ou des rivalités institutionnelles n’induisent les décideurs en erreur et ne créent une cacophonie préjudiciable aussi bien aux communautés qu’à la biodiversité.

L’enjeu dépasse d’ailleurs les frontières nationales. Le destin du Parc national des Virunga est observé par l’UNESCO, les partenaires internationaux et tous ceux qui considèrent que la RDC détient une responsabilité particulière dans la préservation d’un patrimoine appartenant à l’humanité entière. Toute confusion sur la chaîne de commandement ou toute remise en cause de l’autorité légalement investie pourrait fragiliser la confiance des partenaires techniques et financiers, compromettre les efforts de conservation déjà consentis et alimenter des tensions locales dont profiteraient avant tout les exploitants illégaux des ressources naturelles. Les communautés riveraines, les pêcheurs respectueux des règles, les autorités coutumières, les organisations de la société civile ainsi que les institutions publiques ont pourtant un intérêt commun : garantir que les ressources halieutiques demeurent disponibles pour les générations futures. Cela exige un dialogue permanent entre le ministère de l’Environnement, le ministère de la Pêche, l’ICCN, les autorités provinciales et territoriales ainsi que l’ensemble des acteurs concernés, dans le strict respect du droit et de la vérité des faits.

Au fond, la véritable question n’est pas de savoir quelle institution remportera une bataille administrative, mais si la République démocratique du Congo choisira de renforcer ou d’affaiblir la gouvernance de ses aires protégées. Les décideurs publics ont le devoir de soumettre chaque information à une vérification rigoureuse avant qu’elle ne devienne une décision susceptible d’avoir des conséquences irréversibles. Dans cette perspective, la demande de reconsidération formulée par l’ACEDH invite à un examen approfondi des fondements juridiques et techniques de la gestion du Parc national des Virunga et du lac Édouard. La reconnaissance de la plénitude des compétences de l’ICCN à l’intérieur des limites du parc, telle qu’elle est défendue par cette organisation, s’inscrit dans une vision de gouvernance intégrée visant à préserver l’unité écologique de ce patrimoine mondial, tout en conciliant les impératifs de conservation avec les droits et les moyens de subsistance des communautés locales. C’est précisément dans cette capacité à faire dialoguer la légalité, la science, la responsabilité publique et l’intérêt général que se mesure la grandeur d’un État, car un patrimoine mondial se protège par la cohérence des institutions, jamais par la confusion des compétences.

Emmanuel Ndimwiza
Éditeur- Voix du Paysan

Partager

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

×