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Combustibles fossiles : pendant que les peuples s’appauvrissent et que les États s’endettent, une poignée de géants de l’énergie engrange des profits colossaux au prix d’une crise sociale, économique et climatique sans précédent

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À chaque flambée des prix du pétrole et du gaz, le même discours revient : les gouvernements invoquent une crise internationale, une guerre ou une perturbation des marchés mondiaux pour justifier la hausse du coût de la vie. Pourtant, derrière cette explication se cache une réalité plus profonde. Depuis des décennies, l’économie mondiale demeure prisonnière d’un modèle énergétique fondé sur les combustibles fossiles, où les bénéfices sont privatisés tandis que les pertes sont socialisées. Les ménages paient davantage pour se déplacer, se nourrir et s’éclairer, pendant que les finances publiques s’épuisent à financer des subventions qui profitent largement aux catégories les plus aisées. Les plus pauvres, eux, subissent une triple peine : ils financent le système par leurs impôts, supportent l’explosion des prix et encaissent de plein fouet les conséquences des dérèglements climatiques.

Comme le souligne Bill McKibben, environnementaliste, auteur, cofondateur de Third Act et membre émérite du conseil d’administration de 350.org, « nous avons été imprudents pendant de nombreuses décennies de nous fier aux combustibles fossiles. Cette dépendance a engendré des richesses pour quelques-uns, et de la misère pour bien trop. » Cette affirmation résume parfaitement le paradoxe de notre époque. Les guerres, les embargos et les crises géopolitiques ne créent pas la vulnérabilité ; ils révèlent simplement les failles d’un système énergétique construit autour d’une ressource dont les prix échappent totalement au contrôle des populations. À chaque choc pétrolier, les entreprises fossiles réalisent des bénéfices records tandis que les familles réduisent leurs dépenses essentielles pour survivre.

L’injustice est encore plus flagrante lorsque l’on observe les conséquences environnementales. Les inondations dévastatrices, les sécheresses prolongées, les vagues de chaleur meurtrières et les pertes agricoles qui frappent de nombreux pays ne sont pas des fatalités naturelles. Elles représentent la facture différée d’un modèle de développement qui continue de privilégier les énergies fossiles malgré les alertes répétées de la science. Les mêmes populations qui peinent à payer leur carburant ou leur facture d’électricité sont aussi celles qui perdent leurs récoltes, leurs habitations et parfois leur vie sous les effets d’un climat devenu plus extrême. Le coût réel des combustibles fossiles ne se mesure donc pas uniquement à la pompe, mais aussi dans les hôpitaux, les champs, les écoles fermées et les communautés déplacées.

Une fois encore, Bill McKibben, environnementaliste, auteur, cofondateur de Third Act et membre émérite du conseil d’administration de 350.org, rappelle avec justesse que « les pics de prix et les chocs d’offre ne sont que la preuve la plus récente et la plus profonde de ces vérités fondamentales. » L’heure n’est plus à colmater les brèches d’un système défaillant, mais à transformer radicalement notre modèle énergétique. Investir dans les énergies renouvelables, mettre fin aux subventions inefficaces aux combustibles fossiles et protéger les ménages les plus vulnérables ne relèvent plus d’un simple choix politique : c’est une nécessité économique, sociale et climatique. Tant que les intérêts de quelques multinationales primeront sur le bien-être des populations et la santé de la planète, chaque nouvelle crise énergétique continuera de vider les foyers, d’affaiblir les économies et de compromettre l’avenir des générations futures.

Emmanuel Ndimwiza
Éditeur- Voix du Paysan

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