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[Genève le 19 janvier 2025] – CAN  2025 : Football, Couronne et Géopolitique – Quand le Jeu sur le Terrain reflète les Enjeux du Continent

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Introduction : Le Football Africain, Arène des Ambitions et des Identités

La 35ème édition de la Coupe d’Afrique des Nations (CAN 2025) aura été bien plus qu’un tournoi sportif. Elle s’est imposée comme une arène où se sont projetés, avec une intensité rare, les dynamiques géopolitiques, les compétences de soft power et les volontés stratégiques qui traversent le continent africain au XXIe siècle. Le parcours exceptionnel du Maroc, finaliste, et les incidents survenus lors de la confrontation décisive, offrent un prisme d’analyse singulièrement riche pour qui cherche à décrypter les nouvelles relations de force et les imaginaires collectifs à l’œuvre en Afrique.

I. Un Hommage Diplomatique : Félicitations, Réserves et Distinctions

En préambule à toute analyse, il convient d’adresser, avec la déférence et le respect dus aux grands compétiteurs, nos plus sincères félicitations à l’équipe nationale du Sénégal pour sa conquête du titre continental. Les Lions de la Teranga ont démontré une maîtrise technique, une cohésion collective et une force mentale qui les placent légitimement au panthéon du football africain. Leur victoire est celle de tout un peuple et honore le sport continental.

Néanmoins, en tant qu’observateur attaché à la préservation des institutions et des codes qui régissent l’ordre sportif international, je me dois d’exprimer une préoccupation mesurée quant aux séquences ayant suivi la décision arbitrale de la dernière minute. Le retrait temporaire du terrain, en marge des protocoles établis, interroge sur la frontière toujours fragile entre la passion légitime et le respect des cadres qui seuls garantissent la pérennité et la crédibilité de toute compétition d’envergure. Ce sont ces cadres, acceptés par toutes les nations souveraines participantes, qui transforment un jeu en institution internationale.

Il serait toutefois injuste de ne pas saluer, avec une considération particulière, l’attitude du capitaine sénégalais, Sadio Mané. En ces moments de forte tension, sa retenue, sa dignité et son sens aigu des responsabilités ont incarné les vertus cardinales du leadership sportif. Il a rappelé, par son comportement, que la grandeur d’un champion se mesure aussi à sa capacité à transcender l’instant contestataire pour préserver l’esprit du jeu et le respect de l’adversaire.

La victoire du Sénégal à la CAN 2025, conquise avec talent et ténacité par les Lions de la Teranga, restera paradoxalement entachée par l’acte irresponsable de son sélectionneur. Son ordre de retrait du terrain, donné en pleine finale, dépasse la simple erreur d’appréciation pour constituer une faute grave contre l’éthique sportive et une trahison des valeurs que l’Afrique entend inciter sur la scène mondiale.

Ce geste impulsif et autoritaire a non seulement porté atteinte à la dignité de ses propres joueurs et de la nation sénégalaise, mais il a également obscurci l’éclat d’un titre continental légitimement mérité. Au lieu de célébrer une performance collective exceptionnelle, le monde a retenu l’image régressive d’un football africain incapable de maîtriser ses passions – une image de désordre institutionnel et de défiance inacceptable envers les fondements mêmes de la compétition.

En privilégiant la confrontation spectaculaire au respect des protocoles, ce technicien a placé son ressentiment immédiat au-dessus des principes qui légitiment le sport international. Son comportement a transformé un moment historique en conflit de bas étage, effaçant d’un seul geste des années d’efforts continentaux pour construire une crédibilité fondée sur le professionnalisme et le respect. Il a involontairement validé les pires stéréotypes, alors que des générations d’athlètes et d’entraîneurs africains œuvrent quotidiennement à les dépasser.

Ainsi, le deuxième titre continental du Sénégal risque d’être durablement associé à ce moment d’égarement plutôt qu’à l’excellence footballistique démontrée tout au long du tournoi. La véritable tragédie réside dans cette contradiction amère : une équipe championne d’Afrique dont le plus grand exploit se trouve partiellement éclipsé par l’indignité d’une décision prise dans les dernières minutes de sa gloire.

II. Le « Modèle Marocain » : Une Vision Stratégique Portée par la Couronne

L’analyse géopolitique de cette CAN serait incomplète sans une étude du phénomène marocain. La performance des Lions de l’Atlas – finalistes après un parcours de très haut niveau – n’est pas un épiphénomène. Elle est l’aboutissement logique et visible d’une doctrine d’État, pensée et mise en œuvre sous l’impulsion directe et constante de Sa Majesté le Roi Mohammed VI.

Le Souverain a, dès son accession, érigé le sport en pilier de la politique de développement national et de rayonnement international. Cette vision dépasse largement le cadre du football pour s’inscrire dans une stratégie de nation-building et de smart power :

Soft Power et Rayonnement : Les succès sportifs, de la demi-finale mondiale au Qatar à cette finale continentale, servent de vecteurs incomparables pour projeter une image d’un Maroc moderne, performant et ouvert. Ils modifient les perceptions et consolident le capital diplomatique du Royaume.

Souveraineté et Infrastructures : Les investissements massifs dans des centres d’excellence (Académie Mohammed VI), des stades aux normes FIFA et une professionnalisation systémique de la filière football, témoignent d’une volonté d’autonomie et d’excellence. Le Royaume ne se contente pas de participer ; il ambitionne de structurer son écosystème sportif selon les standards les plus exigeants.

Diplomatie Par le Sport : Les candidatures victorieuses pour la CAN 2025 et la Coupe du Monde 2030 (en partenariat) ne sont pas de simples coups médiatiques. Ce sont des actes géopolitiques majeurs qui positionnent le Maroc comme un hub sportif et logistique incontournable, capable d’organiser des méga-événements et de tisser, par ce biais, des alliances durables.

Le « modèle marocain », souvent commenté, repose ainsi sur une synergie rare entre une vision royale à long terme, des investissements ciblés et une professionnalisation rigoureuse. Il constitue une offre de leadership par l’exemple sur le continent.

III. La Finale comme Symptôme : Football, Souveraineté et Perception des Rivalités

Les incidents de la finale, au-delà de l’anecdote sportive, doivent être lus comme le symptôme de tensions sous-jacentes plus profondes. La réaction émotionnelle forte à la décision arbitrale en faveur du Maroc, dans les dernières secondes, a cristallisé des sentiments complexes qui agitent le football africain :

La Perception d’un « Favoritisme » : La réussite marocaine, perçue comme rapide et bien financée, peut susciter, chez certains compétiteurs historiques, un sentiment de défiance. L’idée – fondée ou non – que le Maroc bénéficierait d’une forme de « statut » particulier au sein des instances continentales et internationales alimente une rivalité qui dépasse le cadre du jeu.
Le Football, Miroir des Relations Interétatiques : Le terrain devient parfois l’espace de projection de contentieux politiques ou historiques bilatéraux. La rivalité sportive peut ainsi se charger d’une symbolique politique, où vaincre l’autre revient à affirmer une forme de souveraineté ou à contester une influence perçue.
La Quête d’Équilibre sur le Continent : La montée en puissance incontestable du Maroc bouleverse l’ancien ordre footballistique africain. Cette émergence force une réévaluation des équilibres et suscite des résistances, phénomène classique en géopolitique lorsqu’une nouvelle puissance affirme son rang.

Conclusion : Pour un Ordre Sportif Africain Apaisé et Ambitieux

La CAN 2025 laisse en héritage un double constat. D’une part, elle a confirmé l’irrésistible ascension du Maroc comme puissance sportive majeure, ascension portée par une vision stratégique d’État dont les retombées dépassent largement le stade. D’autre part, elle a révélé la nécessité impérieuse de renforcer, au sein de la Confédération Africaine de Football (CAF) et parmi ses membres, une culture partagée de l’arbitrage, du protocole et du respect mutuel.

L’enjeu pour l’avenir est de taille : permettre à la saine rivalité sportive de s’épanouir sans être parasitée par des considérations extra-sportives, tout en reconnaissant et en canalisant les légitimes ambitions de développement des nations. Le défi est de transformer la compétition en un levier de progrès collectif pour le football continental, où l’excellence des uns, comme celle démontrée par le Maroc sous l’égide de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, élève le niveau de tous et renforce le prestige de l’Afrique dans son ensemble.

C’est à cette condition que le football pourra pleinement jouer son rôle de langage universel et de ciment symbolique entre les peuples du continent, dans le respect de leurs souverainetés et de leurs trajectoires singulières.

Par Ambassadeur Professeur Karim Errouaki
Haut Représentant pour les Affaires Étrangères et les Droits de l’Homme de l’UNACCC auprès de l’Union Européenne et de l’Office des Nations Unies à Genève.
Envoyé Spécial du Global Peace Education Network (GPEN) à New York.
Ancien Conseiller Spécial du Secrétaire Général des Nations Unies, le regretté Professeur Boutros Boutros-Ghali.

La Rédaction

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