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Économie de la drogue en République démocratique du Congo : un phénomène discret mais en pleine expansion aux lourdes conséquences sécuritaires, sanitaires et économiques

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Longtemps reléguée au second plan du débat public, l’économie de la drogue en République démocratique du Congo constitue pourtant une réalité bien présente et en constante évolution. Si le pays n’est pas considéré comme un grand producteur mondial de drogues dures, il occupe néanmoins une place stratégique dans la géographie régionale et internationale des stupéfiants. La culture du chanvre, communément appelé cannabis local, est répandue dans plusieurs provinces, notamment en Ituri, au Nord-Kivu et au Sud-Kivu, où elle constitue parfois une source de revenus de substitution pour des populations confrontées à la pauvreté, à l’insécurité et au manque d’alternatives économiques. Par ailleurs, la RDC sert de corridor de transit pour des réseaux criminels internationaux, facilitant le passage de drogues comme la cocaïne en provenance d’Amérique du Sud vers l’Europe, en transitant par l’Afrique centrale et occidentale. Cette position géographique, combinée à la faiblesse des contrôles aux frontières et à la corruption, renforce l’intégration du pays dans les circuits mondiaux du trafic de drogue.

Une consommation locale en hausse, symptôme d’une crise sociale et sanitaire

Au-delà du rôle de production et de transit, la RDC fait face à une augmentation préoccupante de la consommation de drogues sur son propre territoire. Le cannabis, les médicaments détournés comme le tramadol et le diazépam, la cocaïne, ainsi que des substances artisanales telles que le « bomber » ou la « mkombé », circulent de plus en plus dans les milieux urbains et ruraux, touchant particulièrement les jeunes. Cette consommation croissante est étroitement liée à des facteurs structurels tels que le chômage massif, la précarité économique, les traumatismes liés aux conflits armés et l’absence de dispositifs de prise en charge psychosociale. Faute de politiques de prévention et de réduction des risques, les usagers évoluent dans un environnement marqué par la stigmatisation, l’insécurité sanitaire et l’absence de soins adaptés. Cette situation aggrave les problèmes de santé publique, favorise la marginalisation sociale et compromet l’avenir d’une frange importante de la jeunesse congolaise.

Un business criminel florissant face à l’absence d’une réponse étatique structurée

L’économie de la drogue en RDC est également devenue un secteur criminel hautement lucratif, servant de source de financement à certains groupes armés et à des réseaux criminels organisés. Les revenus issus du trafic de stupéfiants alimentent la prolifération des armes, entretiennent les violences locales et fragilisent davantage l’autorité de l’État, déjà mise à rude épreuve dans plusieurs régions du pays. Cette criminalité prospère souvent avec la complicité de certaines autorités corrompues, ce qui rend la lutte contre le phénomène encore plus complexe. Parallèlement, l’absence d’un cadre légal et stratégique clair tant en matière de lutte contre les trafics que de prise en charge des consommateurs laisse un vide institutionnel préoccupant. Sans politique nationale cohérente de prévention, de réduction des risques et de répression ciblée des réseaux criminels, l’économie de la drogue continuera de se développer dans l’ombre, à la croisée des enjeux de sécurité, de santé publique et de stabilité politique, avec des conséquences durables pour la société congolaise.

La Rédaction

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