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Depuis plus de deux semaines, les habitants de Kibati, dans le territoire de Walikale au Nord-Kivu, vivent au rythme de la peur. Un léopard, dont les incursions répétées dans les habitations sèment la panique, continue de décimer les animaux domestiques. Dans la nuit du 22 au 23 juillet, le fauve a pénétré dans un enclos et dévoré trois chèvres, portant à cinq le nombre de bêtes tuées depuis le début de cette série d’attaques. Au-delà des pertes matérielles, c’est un climat d’insécurité grandissant qui s’installe dans cette communauté rurale, où chaque nuit devient une source d’angoisse.
Face à cette menace persistante, le cri d’alarme lancé par le chef coutumier, le Mwami Katiabo Mayani, traduit le désarroi d’une population qui réclame des mesures concrètes. La demande d’autorisation d’abattre le prédateur reflète l’urgence ressentie sur le terrain. Toutefois, cette situation rappelle également la nécessité d’une gestion responsable des conflits entre l’homme et la faune sauvage, afin de protéger les vies humaines tout en respectant les règles de conservation de la biodiversité. L’inaction prolongée ne ferait qu’accroître les risques et alimenter un sentiment d’abandon.
Les conséquences dépassent désormais le simple cadre des pertes de bétail. Craignant une attaque, de nombreux agriculteurs renoncent à se rendre dans leurs champs, compromettant les récoltes et les revenus des ménages. Dans une région déjà confrontée à de multiples défis sécuritaires et économiques, cette paralysie des activités agricoles risque d’aggraver l’insécurité alimentaire et la précarité des familles. Un léopard en liberté ne menace pas seulement les animaux domestiques : il fragilise tout un équilibre social et économique.
L’heure est donc à une intervention rapide et coordonnée. Les autorités provinciales, les services de l’Institut Congolais pour la Conservation de la Nature (ICCN), les autorités territoriales et les leaders communautaires doivent unir leurs efforts pour localiser l’animal et privilégier, si les conditions le permettent, sa capture et son déplacement vers un habitat adapté. Si le danger pour les populations est jugé imminent et qu’aucune autre solution n’est envisageable, une décision conforme à la réglementation devra être prise sans délai. En parallèle, il est indispensable de renforcer la sensibilisation des habitants, de sécuriser les enclos, d’organiser une surveillance communautaire et d’accompagner les éleveurs victimes. Protéger les populations tout en assurant une gestion responsable de la faune n’est plus une option : c’est une urgence qui exige des actes.
Emmanuel Ndimwiza
Éditeur- Voix du Paysan
Walikale sous la menace d’un léopard : quand la peur remplace les travaux des champs, l’urgence d’une riposte coordonnée pour protéger les populations et préserver la faune