Voix du Paysan pour former et informer les citoyens
La jeunesse d’aujourd’hui n’a pas seulement perdu le goût de l’effort, elle a aussi perdu l’espoir du mérite. Car à quoi bon travailler dur si ceux qui s’enrichissent sont ceux qui volent ?
Quand un jeune assis derrière un écran entend qu’un seul homme a détourné 3 milliards, que ressent-il ? Il pense à son père, mécanicien dans un garage administratif, qui passe ses journées à soulever des moteurs sous un soleil de plomb pour parfois ne même pas être payé à la fin du mois. Il voit les sacrifices de sa mère, commerçante ou agricultrice, qui se bat chaque jour pour nourrir la famille sans jamais voir sa situation s’améliorer.
Et là, une question lui traverse l’esprit : “Pourquoi continuer à souffrir alors qu’il y a une autre voie ?”
On lui expliquera alors comment arriver à ces postes dorés, ceux où l’argent public coule à flot sans contrôle, où les voleurs en costume sont appelés ‘grands hommes’. On lui dira : “C’est par l’ENAM qu’on y arrive.” Dès lors, pourquoi s’intéresserait-il à l’agriculture, à la mécanique, à la menuiserie, à l’électricité, au bâtiment ? Pourquoi se salir les mains quand d’autres s’enrichissent par la corruption, en toute impunité ?
Médiatisation sans punition : un poison pour la société Congolaise
Le vrai drame, ce n’est pas seulement que ces vols existent, c’est qu’ils sont médiatisés sans conséquences réelles. Les jeunes voient les détourneurs de fonds publics exhiber leurs richesses, vivre dans des palaces, rouler dans des voitures de luxe, envoyer leurs enfants dans les plus grandes écoles à l’étranger… et rien ne leur arrive.
Aucune sanction forte. Pas de prison. Pas de restitution des fonds volés. Parfois, au lieu d’être jugés, ils sont même promus à d’autres postes. Et que voit la jeunesse ? Un modèle à suivre.
C’est ainsi qu’on a créé une génération d’opportunistes, obsédés par l’argent facile. Aujourd’hui, tout le monde veut entrer dans la magistrature, l’armée, la police, l’administration, non pas pour servir le pays, mais pour accéder aux mêmes sources d’enrichissement rapide.
Qui va nourrir ce pays demain ?
Pendant ce temps, qui va cultiver la terre ? Qui va élever le bétail ? Qui va construire nos maisons ? Qui va réparer nos voitures ?
Les jeunes ne veulent plus de ces métiers essentiels. Il devient de plus en plus difficile de trouver un bon maçon, un soudeur, un mécanicien, un électricien. Et pourtant, ces professions sont indispensables au développement d’un pays.
Pendant que nous encourageons la corruption en la rendant attrayante, d’autres nations forment des techniciens qualifiés, développent leur agriculture et bâtissent leur avenir. Nous, nous regardons nos champs se vider, nos ateliers fermer, et nous nous demandons pourquoi tout devient plus cher, pourquoi nous dépendons de l’extérieur pour nous nourrir, nous loger et nous équiper.
Parents, éducateurs, dirigeants : il est encore temps !
Si nous voulons sauver notre jeunesse, nous devons changer le discours, changer les modèles de réussite.
• Il faut sanctionner sévèrement la corruption et cesser d’en faire un spectacle impuni.
• Il faut valoriser les métiers techniques, agricoles et artisanaux.
• Il faut enseigner la dignité du travail honnête et redonner de la fierté aux professions essentielles.
• Il faut arrêter de glorifier ceux qui volent et remettre en avant ceux qui bâtissent.
Un pays ne se développe pas avec des voleurs en cravate, mais avec des bâtisseurs, des créateurs, des travailleurs honnêtes. Si nous n’agissons pas maintenant, demain, il n’y aura plus rien à voler et plus personne pour reconstruire.
La Rédaction