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Quand la rumeur devient une condamnation à mort : à Kisiza, le lynchage d’un Autochtone pygmée rappelle l’urgence de protéger la vie humaine et de mettre fin à la justice populaire à Idjwi

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À Kisiza, dans le groupement Mpene, territoire d’Idjwi, un drame d’une rare gravité vient une nouvelle fois rappeler les ravages de la justice populaire. Un homme identifié comme Bijongo Bahanuzi Désiré, issu de la communauté des peuples autochtones pygmées, a été lynché à mort par une foule qui le soupçonnait d’être impliqué dans le décès d’un enfant. Quelles que soient les accusations portées contre lui, aucune ne pouvait justifier qu’une foule se substitue à la justice pour ôter une vie humaine. La présomption d’innocence et le droit à un procès équitable ne peuvent être sacrifiés sur l’autel de la colère.

Ce drame doit être condamné avec la plus grande fermeté. La vie humaine est sacrée et nul ne peut s’arroger le droit de condamner, de torturer ou d’exécuter un citoyen sans décision de justice. Lorsque la violence collective remplace les institutions, c’est l’État de droit qui vacille et c’est toute la société qui s’enfonce dans un cycle de vengeance, d’impunité et de peur. Les auteurs de ce lynchage doivent être identifiés, interpellés et traduits devant les juridictions compétentes afin qu’ils répondent individuellement de leurs actes.

Les autorités provinciales, les services de sécurité et le parquet doivent ouvrir sans délai une enquête sérieuse, impartiale et approfondie pour établir les circonstances exactes de cette tragédie, tant sur les décès ayant suscité les soupçons que sur le lynchage lui-même. Seule la vérité judiciaire permettra de rendre justice aux victimes, d’apaiser les tensions et de prévenir de nouveaux actes de violence populaire qui continuent de coûter des vies innocentes.

Au-delà de cette tragédie, le sort des peuples autochtones pygmées interpelle la conscience nationale et internationale. Trop souvent marginalisées, victimes de discriminations et de violences, ces communautés demeurent parmi les plus vulnérables de la République démocratique du Congo. Les organisations de défense des droits humains, les acteurs engagés pour la protection des peuples autochtones et les pouvoirs publics doivent faire de cette affaire un signal d’alarme. Protéger les peuples autochtones, c’est défendre la dignité humaine, renforcer l’État de droit et rappeler qu’aucune différence d’origine ou de statut social ne peut justifier qu’une vie soit arrachée par la vindicte populaire.

Emmanuel Ndimwiza
Éditeur- Voix du Paysan

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