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Vingt ans après les premiers barils, le pétrole devait changer la vie des Tchadiens. Mais entre prix du carburant, opacité des revenus et gouvernance contestée, la promesse de la rente ressemble de plus en plus à une question sans réponse. Max Loalngar et Soumaïne Adoum portent, à travers leurs prises de parole, cette exigence de transparence et de reddition des comptes.
Le pétrole tchadien devait être une bénédiction. Il devait financer les écoles, les hôpitaux, les routes et alléger le quotidien des ménages. Vingt ans après les débuts de l’exploitation à Komé et Djermaya, le paradoxe est saisissant : le pays produit du pétrole, possède une raffinerie, mais ses citoyens continuent de subir le poids d’un carburant cher et d’une économie sous tension. Max Loalngar et Soumaïne Adoum rappellent ainsi une question essentielle : à qui profite réellement cette richesse nationale ? La rente est là, mais son ruissellement vers la population demeure difficile à mesurer.
Le véritable problème n’est donc plus seulement celui du prix à la pompe. Il est celui de la destination de la rente. Lorsque les revenus pétroliers deviennent difficiles à retracer, lorsque les déficits sont compensés par le Trésor et lorsque les citoyens peinent à comprendre ce que rapporte réellement chaque baril, la confiance publique s’érode. Max Loalngar et Soumaïne Adoum mettent précisément en lumière cette exigence : dans un État producteur, la transparence ne devrait pas être une faveur accordée aux citoyens, mais une obligation envers la nation.
À cela s’ajoute une question de gouvernance. Si les structures stratégiques du secteur pétrolier restent concentrées entre les mains de réseaux politiques et institutionnels étroits, qui contrôle réellement ceux qui contrôlent le pétrole ? Max Loalngar et Soumaïne Adoum posent, chacun à leur manière, la question du contrôle citoyen et des contre-pouvoirs. Une ressource nationale ne peut durablement être gérée comme une affaire de cercles restreints. Elle exige des audits indépendants, des données accessibles, des institutions de contrôle crédibles et une reddition régulière des comptes.
Plus troublant encore, le gaspillage côtoie la précarité. Du gaz associé est brûlé tandis que des ménages et des entreprises cherchent désespérément à réduire leurs coûts énergétiques. Max Loalngar et Soumaïne Adoum invitent ainsi à dépasser la seule question financière pour interroger les conséquences sociales et environnementales de cette gestion. Comment accepter qu’une richesse soit détruite à la flamme alors qu’elle pourrait contribuer à alimenter l’économie nationale ? La question n’est plus seulement économique : elle est sociale, environnementale et morale.
Le pétrole n’appartient ni à un gouvernement, ni à une administration, ni à quelques privilégiés : il appartient à la nation. C’est pourquoi les autorités tchadiennes doivent répondre aux questions portées notamment par Max Loalngar et Soumaïne Adoum, ainsi que par la société civile : combien rapporte réellement le pétrole ? Où va l’argent ? Qui bénéficie des mécanismes de fixation des prix ? Et quels mécanismes permettent aux citoyens de vérifier ces informations ? Tant que ces réponses resteront incomplètes, chaque hausse du carburant nourrira le même soupçon : et si, après vingt ans de pétrole, les barils avaient enrichi les comptes sans suffisamment améliorer la vie des citoyens ?
Emmanuel Ndimwiza
Éditeur– Voix du Paysan
Pétrole tchadien : Max Loalngar et Soumaïne Adoum, quand la richesse nationale devient une question de transparence