Voix du Paysan pour former et informer les citoyens : un engagement pour la justice sociale et climatique
La pêche artisanale sur le lac Édouard, jadis véritable pilier économique et identitaire des communautés de Vitshumbi et Kyavinyonge, traverse une crise sans précédent. Situées dans les eaux congolaises du Parc National des Virunga, ces deux pêcheries autrefois florissantes dépendent historiquement du Tilapia du Nil, ressource centrale pour l’alimentation, les revenus et la vie sociale de milliers de familles. Mais la surexploitation, l’usage de filets prohibés et l’envahissement progressif des zones de frai ont conduit à l’effondrement des captures, transformant une activité de subsistance en une lutte quotidienne pour la survie, dans un écosystème classé patrimoine mondial de l’UNESCO.
Entre instabilité sécuritaire et effondrement des stocks : la pêche sous pression
Au-delà de la pression halieutique, les communautés de Vitshumbi et Kyavinyonge subissent un contexte sécuritaire explosif où groupes armés, corruption et absence de contrôle de l’État favorisent la pêche illicite. Les pirogues sont désormais des milliers à se partager un lac dont la capacité durable est largement dépassée, obligeant certains pêcheurs à s’aventurer dans les eaux ougandaises, souvent au péril de leur liberté et au risque d’incidents diplomatiques. Les changements climatiques, la déforestation des rives et les projets pétroliers accentuent l’érosion de l’écosystème, réduisant davantage les populations de poissons et mettant en péril l’équilibre environnemental du Parc des Virunga.
Un désastre social silencieux et des solutions qui restent possibles
L’effondrement de la production halieutique plonge aujourd’hui les familles dans une pauvreté accrue, aggravée par la flambée du prix du Tilapia et la montée de l’insécurité alimentaire. Beaucoup de pêcheurs abandonnent le métier, certains se tournant vers l’agriculture dans des zones protégées, d’autres tombant sous l’influence de groupes armés faute d’alternatives économiques. Pourtant, des voies de sortie existent : une gouvernance renforcée, une cogestion impliquant les coopératives locales comme la COPEVI, des projets d’aquaculture et de diversification économique, ainsi qu’une coopération transfrontalière solide entre la RDC et l’Ouganda pourraient redonner vie à un lac meurtri. Restaurer l’ordre, la durabilité et la sécurité est désormais la condition essentielle pour rallumer l’espoir dans les communautés de Vitshumbi et Kyavinyonge.
La Rédaction
Lac Édouard : quand les filets se Vident à Vitshumbi et Kyavinyonge — chronique d’un effondrement écologique, sécuritaire et social au cœur du Parc des Virunga