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Kinshasa, la mégapole aux multiples contrastes, souffle cette année ses 102 bougies. Pourtant, l’heure ne semble pas à la célébration.
Derrière les festivités officielles et les discours d’intention, un constat s’impose : le décollage tant attendu vers une ville moderne, fonctionnelle et équitable peine toujours à se concrétiser. Urbanisme chaotique, infrastructures vieillissantes, croissance démographique non maîtrisée. La capitale congolaise donne le sentiment de piétiner, à rebours des ambitions qu’elle affiche.

Un anniversaire entre promesses et réalités
Alors que Kinshasa franchit le cap des 102 ans, les autorités ont voulu marquer l’événement par des engagements en faveur de la modernisation urbaine. Toutefois, pour de nombreux Kinois, ces promesses résonnent comme un refrain familier. La population, estimée à plus de 17 millions d’habitants, continue de faire face à une ville où le développement reste largement désorganisé, avec peu de résultats tangibles sur le terrain.

Une croissance urbaine hors de contrôle
L’un des principaux défis de Kinshasa est sa croissance démographique galopante. Depuis plusieurs décennies, l’étalement urbain s’effectue de manière anarchique, sans plan directeur à long terme ni respect des normes d’urbanisme. Les quartiers périphériques s’étendent à une vitesse vertigineuse, souvent en dehors de toute réglementation, donnant naissance à des zones d’habitat informel, dépourvues d’infrastructures de base (eau potable, électricité, routes, assainissement).

Cette urbanisation sauvage engendre non seulement une pression sur les services publics déjà défaillants, mais complique aussi toute tentative d’aménagement cohérent du territoire.
Un urbanisme en crise
Malgré les efforts de certaines institutions locales, Kinshasa reste confrontée à une crise urbaine profonde. L’absence de politiques claires en matière d’aménagement, combinée à une gouvernance parfois inefficace et à une corruption endémique, empêche l’émergence d’une ville structurée.

Parmi les problèmes majeurs :
La voirie : De nombreuses routes sont impraticables, surtout en saison des pluies. Les grands axes sont régulièrement embouteillés, faute d’un système de transport public efficace et d’un réseau routier bien pensé.
Le transport : Le transport collectif repose principalement sur des moyens informels (minibus, motos, taxis partagés), souvent dangereux, non régulés et insuffisants.
L’habitat : L’insuffisance de logements décents pousse des milliers de familles à vivre dans des conditions précaires, avec un accès limité aux services essentiels.

L’environnement : L’insalubrité chronique, la mauvaise gestion des déchets et la pollution des rivières posent de graves problèmes de santé publique.
Kinshasa-La Belle : une ambition contrariée
Surnommée « La Belle » dans l’imaginaire collectif, Kinshasa peine à incarner pleinement cette image. Le potentiel est là : une population jeune et dynamique, un riche patrimoine culturel, une position géographique stratégique. Mais il manque une vision globale, ambitieuse et surtout réalisable pour faire de Kinshasa une métropole moderne, verte et inclusive.

Des initiatives, certes, existent – telles que le projet Kin Elenda ou les chantiers ponctuels sur certaines artères de la ville – mais elles restent trop souvent isolées, sans effet systémique à l’échelle de l’ensemble urbain.
Le besoin d’un vrai plan d’urbanisme
Pour répondre aux défis actuels, Kinshasa a besoin d’un schéma directeur d’urbanisme crédible, actualisé, participatif et rigoureusement appliqué. Il s’agirait notamment de :
Définir clairement les zones résidentielles, commerciales, industrielles et vertes ;
Repenser le système de transport et désenclaver les quartiers périphériques ;
Lutter contre l’occupation illégale des terres ;
Favoriser l’accessibilité au logement social ;
Moderniser les services de base ;
Intégrer les enjeux environnementaux dans toute politique urbaine.
L’urgence d’un sursaut collectif
À 102 ans, Kinshasa devrait entrer dans l’âge de la maturité urbaine. Mais force est de constater que le « décollage » promis reste au sol. Ce n’est pas faute de ressources ou de talents, mais d’une volonté politique ferme, de planification sérieuse et d’une gestion transparente.

Le rêve d’une Kinshasa digne de son surnom – La Belle – est toujours possible. Mais il passera nécessairement par une réinvention du modèle de développement urbain, une rupture avec l’improvisation, et l’implication active de tous les acteurs – État, secteur privé, société civile et citoyens
Par KYANA BASILA Joel
Urbaniste|Président National de la Corporation des Urbanistes| Enseignant à l’Institut Supérieur d’Architecture et d’Urbanisme
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joel.kyana229@gmail.com